mercredi, janvier 11, 2006

Le Québec à Paris... suite.

Séance de rattrapage pour ceux qui, comme moi, sont passés à côté de leur concert automnal (cf. entrée "Le Québec à Paris"), ou bien piqûre de rappel pour ceux qui les auraient découverts et appréciés à cette occasion :

Les Trois Accords (groupe québécois originaire de Drummondville, jusqu’à lors uniquement réputée pour son "Village Québécois d’Antan") seront à l’Elysée Montmartre le 3 février prochain.
J’avais bien dit que leur power-pop festive les ramènerait dans la ville des lumières…:-)
Pour les non parisiens, ce concert fait partie d’un tournée hexagonale. Toutes les dates sont ici.
A bon entendeur !

mardi, janvier 03, 2006

Expatriation...

Je rebondis sur un article de Bruno Savy, relatif à l'attrait indéniable, et difficilement résistible, qu'exerce le Canada en général, et le Québec en particulier, sur l'âme française en mal d'espace, d'aventure, de tranquillité... et de changement de vie !
Dans son texte, Bruno évoque principalement les raisons matérielles qui sont susceptibles de venir refroidir les ardeurs d'expatriation des français déjà plus ou moins confortablement "établis" dans la vie active en France.

Si je partage totalement son point de vue que quelques orignaux et ours bruns égaillés dans des espaces infinis ne valent quand même pas nos nombreux avantages sociaux à la française, il me semble que d'autres motifs, plus psychologiques ceux-là, freinent également les velléités d'émigration au départ de la France (ou d'un autre pays), fut-ce pour faire son nid dans un coin aussi douillet que la belle province.

Pendant un an, nous avons croisé un nombre important d'immigrants au Québec, majoritairement originaires d'Europe (au premier rang : la France), mais aussi, pour certains, des Etats-Unis (aussi étonnant que cela puisse paraître : des démocrates en ruptures de ban avec leur chef d'Etat), ou encore d'Afrique.
Au fil de ces rencontres, et des discussions engagées sur le sujet avec ces cobayes bienveillants, une certitude a fini par se faire jour dans mon esprit indécis : si elle n'est pas motivée par des raisons économiques (ou religieuses) très fortes, l'expatriation définitive est une illusion qui devient tôt ou tard douloureuse.
Et même dans ces deux cas, lorsque l'immigrant fuit une crise économique désespérante ou recherche une plus grande liberté de culte, la première génération d'immigrants est toujours plus ou moins une génération sacrifiée.
Ecartelés entre deux pays, entre deux cultures, les jambes en grand écart au dessus d'un océan immense dans le cas qui nous intéresse présentement, les immigrants de la première génération ressentent invariablement une certaine forme de mal du pays, un spleen qui s'abreuve à la source des amis progressivement perdus de vue, des parents vieillissants qui se sentent éloignés (pour ne pas dire délaissés), des références culturelles qui finissent toujours par manquer, des souvenirs nationaux qui inspirent une nostalgie lancinante...
Si les choses ne sont pas forcément plus évidentes pour la seconde génération d'immigrants (on le voit bien en France avec les beurs de seconde génération, déchirés entre un pays de naissance qui les accepte plus ou moins spontanément, et un pays d'origine qui ne les reconnaît plus, ou dans lequel ils ne se reconnaissent pas), celle-ci a au moins l'avantage de se construire dès le départ dans sa nouvelle terre, et de pouvoir se forger une histoire, des références, un tissu social, bien implanté dans son milieu de vie.

A force d'entendre des immigrants me décrire à quel point ils en étaient arrivés à regretter leur pays d'origine (souvent sur la base d'un souvenir idéalisé.. comme ils idéalisaient au départ leur pays d'adoption), à déplorer le temps passé au loin sans voir vieillir parents et/ou amis, les uns au bout de quelques années seulement, les autres au bout de plusieurs décennies, je suis arrivé à la conclusion que l'expatriation définitive était un rêve.

Ce qui ne signifie pas pour autant, loin de là, que je ne crois pas en l'expatriation provisoire. Bien au contraire. Circonscrite dans le temps (d'une durée variable selon l'âge, la situation, le contexte personnel, familial...), elle me semble source d'un indéniable enrichissement culturel et intellectuel. En connaissant autrui, ailleurs, on apprend sans nul doute à se connaître soi même, et je ne saurais trop conseiller à chacun de se frotter à cette merveilleuse expérience.
Simplement, l'inéluctabilité du retour constitue à mon sens le garde fou contre une certaine forme de désenchantement.

Alors bien sûr, si l'on ajoute à ces considérations "mentales", des états d'âme plus matériels, liés à la perte d'une situation (il faut en moyenne deux ans aux immigrants français pour retrouver le niveau de vie auquel ils ont renoncé en immigrant, ce qui signifie que pendant deux ans, ils vivent moins bien au Québec qu'en France), à la protection sociale française (perso, je me dis qu'il vaut peut-être mieux passer quelques semaines ou mois au chômage pour se donner le temps de retrouver un job intéressant, plutôt que vivre avec la garantie de retrouver tout de suite un "mac'job"), au système de soins solidaire (l'expérience des frais dentaires au Canada est un classique... j'avais entendu là-bas une histoire analogue), on comprend aisément que certains y réfléchissent à deux fois (et même à trois, ou quatre) avant de faire le grand saut.

Ce qui est amusant, c'est que pendant cette année passée au Québec, j'ai rencontré également nombre de québécois qui fantasmaient littéralement sur la France. De là à penser que l'on voit toujours l'herbe plus verte dans le champ du voisin, il n'y a qu'un petit pas...
Entre ces innombrables collègues québécois qui m'affirmaient, à moitié sur le ton de la plaisanterie, qu'ils adoreraient échanger leur situation québécoise avec ma situation parisienne, cette gestionnaire qui me disait qu'elle gardait un somptueux souvenir de Paris, où elle avait eu l'impression de se déplacer "dans une carte postale", ces autres collègues qui louaient cette France dans laquelle on a "l'impression de changer de pays à chaque fois qu'on change de région", je me suis fait l'effet d'un privilégié de la vie qui s'ignorait superbement.

Pour modérer quelque peu mes affirmations, et remettre un brin de baume au coeur de ceux qui s'imaginent qu'ils partent pour la vie, je conclurai en précisant que ce qui précède relève d'une analyse et d'un avis hautement personnel, qui n'exclut en aucune façon les exceptions au principe.
Enfin, nul doute qu'Annie, dont la fidélité n'a d'égale que l'impartialité de jugement, aura une opinion pertinente à faire valoir en la matière, en sa qualité de québécoise expatriée avec un français dans un lointain pays d'Europe centrale.