mercredi, août 31, 2005

Le blog venu du froid en quelques chiffres

Pour les curieux et les amateurs de statistiques, voici une brève fiche signalétique du blog venu du froid.
Donc, le blog venu du froid, depuis sa création en novembre 2004, c'est :
- 3504 visiteurs (à l'heure où j'écris ces lignes)
- 50 visiteurs durant la journée la plus faste (une seule fois)
- 0 visiteurs durant la journée la plus triste (une seule fois également)
- 17 visiteurs par jour en moyenne
- 4939 pages consultées
- 20 pages par jour en moyenne
Des visiteurs du monde entier (cf. la petite carte géoloc dans la colonne de droite), ce qui ne lasse de me sidérer : France, Canada, Etats-Unis, Belgique, Espagne, Portugal, Angleterre, Suède, Norvège, Danemark, Afrique du Sud, pays du Maghreb, pays du Golfe, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Inde, Indonésie, Russie, Allemagne, Grêce, Italie, Hollande, Irlande, Pakistan, Chine, Mexique, plusieurs pays d'amérique du sud, et même un mystérieux point perdu en plein océan pacifique (Bora-Bora me dit un copain qui croit s'y connaître...).
Se peut-il réellement que tous ces visiteurs soient arrivés là par hasard et par erreur ?
Par contre, aucune connexion depuis l'Islande ou l'afrique centrale.. on ne doit pas s'intéresser au Québec dans ces parties du monde.
Le blog venu du froid, c'est encore 61 entrées, 128 commentaires, 200 photos, visionnées plus de 700 fois...

N'ayant pas souscrit d'option payante, je ne dispose pas de statistiques plus élaborées, mais je dirai, à vue de nez, que l'entrée la plus lue doit etre celle relative à l'apparté linguistique, sur les étranges rapports entre le Québécois et le Français.

Tout cela ne donne pas le best-seller de l'été, mais cela demeure très nettement supérieur à mes attentes initiales, donc je ne peux que me fendre d'un gros merci à tous ces lecteurs, réguliers ou occasionnels, intentionnels ou accidentels, séduits ou rebutés, silencieux ou critiques, qui ont contribué à faire vivre le blog venu du froid !

Je pense que je publierai dans quelques temps une petite fiche récapitulative sous forme de "vrai" ou "faux" concernant le Québec, et la percéption, plus ou moins biaisée, qu'on en a depuis la France.

jeudi, août 25, 2005

Août 2005 : I did it my way…

Comment rendre compte de ce mois d'août, tronqué pour cause d'inéluctable et forcément trop précoce retour en France, sans verser dans la dithyrambe ?
Comment évoquer les formidables fêtes de la Nouvelle-France ou encore les magnifiques feux d'artifice de loto-Québec, sans recourir à la prose commerciale des agents touristiques ?
J'ai l'impression, au fil de mes petits récits estivaux, de me transformer à mon corps défendant en représentant - bénévole, c'est le comble - de l'office de tourisme de Québec, dépourvu du moindre sens critique, investi d'une mission de promotion des festivals québécois auprès de mon modeste lectorat européen...
Pourtant, ne pas reconnaître à la ville de Québec, à travers ses innombrables activités estivales, les qualités et les hommages qu'elle mérite haut la main, relèverait de la cécité la plus complète et/ou de l'ingratitude la plus aveuglante.
Franchement, ce sublime été passé dans la capitale nationale de la belle province avait été taillé sur mesure pour nous forger des regrets en béton armé au moment de quitter ce pays formidable. Climat, événements, animations, et surtout amis, se sont passés le mot et ligués dans une improbable (et superfétatoire, car nous étions conquis de longue date) opération de séduction, de nature à faire fléchir le plus endurci des abstinents.

Nous pensions naïvement que le festival d’été de Québec constituait le met principal de la saison (cf. entrée relative au mois de juillet). Que nenni ! Avec ses centaines d’artistes et de concerts de tous poils, distribués aux quatre coins de la ville pendant 10 jours, transformant Québec en un gigantesque Woodstock (un peu plus bourgeois et un peu moins bab, tout de même), il ne s’agissait que d’un hors d’œuvre, une mise en bouche modeste, préfigurant ce qui allait suivre avec les fêtes de la Nouvelle-France.

"Sais tu c'est quoi" les fêtes de la nouvelle France, cher lecteur ? Non ? Alors je m'en «vas» de ce pas éclairer ta lanterne !
Soit pendant 5 jours un centre ville, délimité autour de son secteur historique, qui bat au rythme de la colonie française des 17ème et 18ème siècles, avec animations à chaque coin de rue, acteurs professionnels et bénévoles s'époumonant sur chaque place, spectacles et concerts à profusion, jeux et parades dans tous les sens, marché d'antan et marionnettes dans chaque impasse, figurants et visiteurs costumés de tous les côtés.

On chemine d'un site à l'autre, dans un tourbillon de jupons et de tricornes, au milieu d'un déferlement de corsets et de redingotes, entre ombrelles en dentelle et sabots de bois.
Le thème de l'année, "paysans et seigneurs", donne le ton des tenues de rigueur... Cette année, les lépreux ou le clergé n'ont plus la cote. L'heure est à l'hommage rendu aux "habitants" (terme usité à l'époque pour désigner les paysans) qui exploitaient la terre concédée en "rangs" (parcelles étroites tracées perpendiculairement aux cours d'eau) selon un système seigneurial.
Pour se mettre au goût du jour, mes femmes chéries revêtent les atours de rigueur (cf. photos), avec l'aide et le conseil avisés d'une collègue actrice au fait de l'organisation. Pour ma part, je dois contenter mon goût du déguisement avec un modeste tricorne de paille qui, mal assorti avec mon short (il fait toujours une température dingue) et mes t-shirts Morrissey, s'efforce de me donner une allure "Nouvelle-France" un rien baroque ! :-))
On se rend à un endroit pour assister à un spectacle précis (au choix, des babillages de femmes, les récits embellis du voyage exploratoire de Gédéon de Catalogne, le procès de l'histoire relatif au rôle joué par Pierre Dugua de Mons dans la découverte du Canada, les déboires de la famille Bell, les pitreries du Quartette à claques ou bien quelque concert de musique traditionnelle, entre folklore Acadien, Québécois, Breton ou Cajun...), et l'on s'arrête en chemin, retenu et suspendu à une représentation inattendue ou sous-estimée lors du décryptage du programme.
Il y a tant à faire ou à voir, partout dans la vieille ville, que l'on ne sait plus vraiment où donner de la tête, et plutôt que de courir d'une animation à l'autre, avec le risque de retard récurrent sur le début des représentations, on est tenté de s’établir dans l'un des espaces aménagés en "Nouvelle-France", pour y suivre le rythme de ses attractions quotidiennes.
Bon sang, à ce train là, on ne devait pas s'ennuyer tous les jours au temps de la colonie...

Comme deux événements qui se chevauchent valent mieux qu'un seul dans l'esprit bouillonnant des organisateurs de Québec, l'été est aussi la saison des grands feux d'artifice de loto-Québec (= le sponsor... ne perdons pas de vue que nous sommes en Amérique du nord, le continent du business) sis dans le majestueux cadre des chutes montmorency.
On sèche donc le concert Acadien du jour pour rentrer rapidement se changer (les costumes font toujours un effet boeuf sur les touristes de la Grande-Allée proche de notre appartement, ignorants des festivités "médiévales" qui égayent la vieille ville), avant de prendre pour la dernière fois la direction de ces chutes que nous avons tant explorées cette année, au fil de leurs métamorphoses saisonnières.
Cette dernière visite se donne des allures de bouquet final. Le feu d’artifice concocté par l’équipe italienne est impressionnant, sans nul doute le plus beau qu’il m’ait jamais été donné de voir. Bon, j’admets que c’était aussi la première fois que je payais pour assister à un feu d’artifice, habitué que j’étais à jouir gratuitement de ces spectacles nocturnes distribués à la belle saison. Mais comme on est ici au pays du profit, j’ai le regret d’affirmer que les feux d’artifice tirés gracieusement, par exemple lors de la fête de la Saint-Jean, ne valent pas tripette. Pas d’autre alternative donc, pour qui veut s’extasier devant les belles bleues et les belles rouges, que de débourser 12 dollars – par tête de pipe – pour s’asseoir dans l’eau et prendre des lumières plein les yeux. Bien sûr, les Québécois, «eux-autres», ne se mouillent pas les fesses, aguerris qu’ils sont à se déplacer partout avec leurs terrifiantes chaises pliantes de camping… En bons benêts innocents, nous n’avions prévu pour notre part qu’une minuscule couverture polaire, bien trop mince et étroite pour accueillir confortablement nos douillets postérieurs, ce qui nous donnait un peu l’air, avouons-le, de romanichels fauchés dans un camping de milliardaires. Mais c’était compter sans la généreuse spontanéité de ces si sympathiques québécois. Nous voyant tellement démunis, une voisine nous propose naturellement de nous prêter pour la durée du spectacle l’une des ses immenses couvertures de combat, taillée pour affronter sereinement toutes les manifestations à ciel ouvert.
C’est donc les fesses bien au chaud et bien au sec que nous avons apprécié ce beau spectacle, premier du genre pour Velma ébahie, mais terrassée malgré tout par le sommeil en milieu de show.
Les italiens nous en ont mis plein les yeux, et plein les oreilles pendant une bonne demi-heure, accompagnant leurs fusées des airs d’Ennio Morricone, Queen ou Frank Sinatra (je craque toujours pour «My way»).
J’apprends aujourd’hui, avec une tardive curiosité, que ce sont eux qui ont remporté la compétition 2005. Coup de bol : on peut donc se flatter, pour notre seule et unique représentation, d’avoir vu le plus beau feu d’artifice de la saison. Ca valait bien un cul mouillé et quelques piqûres de bibittes !

Une fois tournées les pages des fêtes de la Nouvelle-France et des feux loto-Québec, il ne reste plus qu’une ridicule ligne droite d’une malheureuse semaine avant le retour en France.
A peine le temps nécessaire pour profiter une dernière fois des amis rencontrés ici, et qui ont tant contribué à rendre ce séjour épanouissant. Cette dernière semaine est écartelée entre la jouissance des derniers instants passés ensemble et le chagrin lié à la pensée du départ. Derniers repas avec les amis (on se croirait dans la bible, ou bien chez Jacques Brel), derniers homards, derniers crabes des neiges, dernières tartes au sucre (finalement, on est plus chez Brel et son abondance païenne que dans la frugalité du nouveau testament), dernières baignades dans la piscine, derniers restos avec les collègues devenus amis, dernières courses dans la rue Cartier, dernières discussions avec les collègues de bureau restés collègues de bureau, derniers échanges d’adresses, dernières photos (histoire de dépasser la barre symbolique des 6000 clichés canadiens), derniers coups de fil, derniers dollars retirés, le moindre geste, la moindre action, est marquée du sceau déprimant de la «dernière fois».

En dépit des copieux chargements confiés à nos visiteurs du printemps, par anticipation sur la masse du surpoids à supporter au retour, nous nous retrouvons avec plus de 200 kilos de trop dans nos valises. D’ailleurs ces valises venues de France un an plus tôt ne suffisent plus à tout contenir. Il faut donc rendre une pénultième visite à Zellers, temple de la consommation bon marché, sis dans l’inhumaines place Laurier (centre commercial démesuré où nous avions abondamment traîné nos guêtres à notre arrivée dans ce pays, le temps de nous équiper du minimum vital), pour acheter en urgence, la veille du départ, quelques bagages supplémentaires. Ils ne suffisent toujours pas, malgré les 130 kilos prudemment expédiés par fret quelques jours plus tôt. La dernière matinée québécoise est donc sacrifiée à l’ultime virée chez l’ami Zellers, pour deux valises de rab. Deux courses en deux jours dans ce sanctuaire du bon-marché… j’avais espéré mieux pour occuper mes dernières heures québécoises :-(
Enfin, à la tête d’un imposant ensemble de 16 contenants (valises, sacs, cartons, raquettes…), nous nous sentons fin prêts pour affronter les cerbères d’Air Transat, qui informent, sur un ton parfois modérément correct, que l’embarquement débute 5 heures pleines avant le décollage !!! 5 heures ??? Le gros délire.. !
Comme ça, après les 15 minutes de formalités d’enregistrement, on est bons pour poireauter pendant 4h45 dans une salle d’attente sinistre avec une enfant qui va devoir passer ensuite 6 heures assis dans un espace clos… ils ne doivent pas avoir d’enfants, les employés d’Air Transat, pour envisager ce genre de scénario.
Bien évidemment, comme les bons forts en gueule qu’ils sont, ils ne sont pas fiables dans leurs renseignements. L’enregistrement ne commence pas 5h en avance (on a été bien trop cons de les croire), mais à peine 4h30 avant l’heure présumée du décollage.. Présumée, car à les croire, l’avion décollerait souvent avant l’horaire prévu, dès qu’il est plein et que l’embarquement, amorcé lui-même avec une belle avance, s’achève. Encore un beau baratin, qui aiguise l’aigreur provoquée par une bonne heure de retard au décollage.
Entre-temps, on a pris soin de choisir des places assises côte à côte à l’intérieur de l’avion.. car cette bonne compagnie d’Air Transat, qui ne recule devant aucune farce commerciale, fait payer en sus du billet, les places choisies par avance à bord de l’appareil. Donc, parents de familles nombreuses, dîtes-le vous bien, si vous voulez éviter de voir vos enfants dispersés aux quatre coins de l’habitacle, prévoyez de débourser 15 dollars par siège pour vous garantir des places côte à côte.. faute de quoi ce sera tant pis pour vous, et surtout tant pis pour les enfants en bas âge assis tous seuls à l’autre bout de l’avion.. Je n’invente rien, mon beau-frère a fait les frais de cette charitable politique familiale quelques mois auparavant en venant nous voir.
Nous avons plus de chance, 4h30 avant l’heure officielle du décollage (donc en réalité 5h30 avant l’heure réelle, pour ceux qui n’ont pas suivi), il reste encore trois sièges à côté. Une fois acquitté le salé excédent de bagages, nous pouvons donc consacrer tranquillement notre dernière après-midi québécoise à une conviviale farniente au bord de la piscine de l’immeuble, en compagnie de quelques amis chers.

En décollant du tarmac de Sainte-Foy, je repense à tous ces visages, et à tous ces beaux moments que nous aurons vécus ici pendant un an.

L’heure du retour sonne en même temps que celle des bilans.. le moment semble propice pour faire mienne la devise du Québec… : «je me souviens» (j'ai même hésité à en faire le titre de cette dernière entrée, mais j'ai trouvé ça un peu trop pompeux... finalement, j'ai opté pour My way, beaucoup plus simple, modeste... n'est-il point ? :-))
Et c’est peu dire que j’en ai moults, des souvenirs de cette contrée, que j’emporte avec moi de l’autre côté de l’atlantique.

Je me souviens d’abord de notre arrivée 12 mois plus tôt, détruits par le décalage horaire. Je me souviens de l’accueil des français locaux, mais aussi des premiers québécois rencontrés, de la découverte de ce nouvel univers, avec ses codes, ses règles formelles et ses rites officieux. Je me souviens de la course frénétique des premiers jours, des obstacles surmontés pour l’installation, des incertitudes quant à notre adaptabilité, en particulier au redoutable hiver québécois. Je me souviens de l’immersion dans la fonction publique québécoise, des premières excursions touristiques, de la saison des couleurs, des premiers flocons de neige, des froids intenses et du soleil de l’hiver, des glissades vertigineuses, des pluies diluviennes du printemps. Je me souviens des amitiés qui se sont nouées, des visiteurs venus nombreux d’Europe, des orignaux placides, des festivals incessants, de la tire sur neige, des cabanes à sucre, des virées en ski, en traîneau à chiens, en raquettes, en skidoo…

Plus loin dans le temps, je me souviens des espoirs et des attentes que j’avais fondés sur cette aventure… des rêves que je caressais avant le départ…des idées, vraies ou fausses, que je me faisais de ce pays grand comme un continent, jeune comme un adolescent à l’échelle de l’histoire de l’humanité… de ce que le Canada représentait pour moi, avant même de le connaître intimement, fort des fantasmes forgés au gré des lectures, des films et des reportages dévorés depuis des années avec avidité...

Au moment de quitter ce petit coin de pays, comme l'appelle Kim, j’ai le sentiment que mes attentes ont été comblées, j’ai l’illusion de connaître (un peu mieux) ce bout de monde, son histoire, sa géographie, ses mœurs et ses coutumes, ses habitants, avec leurs petits travers et leurs grandes qualités, cette langue si proche et pourtant tellement dépaysante pour nous autres français …

Je me souviens de ces lieux que j’ai à mon tour visités, sans journaliste ou narrateur interposé, de toutes ces villes explorées de fond en comble, ou simplement brièvement traversées : Québec la fortifiée, Montréal l’insulaire, Trois-Rivières l’ennuyeuse, Tadoussac la touristique, Rimouski la pêcheuse, Ottawa la studieuse, Toronto la métissée, Niagara-Falls l’aguicheuse, Sioux Lookout l’amérindienne, Winnipeg la commerçante, Edmonton la prospère, Jasper la montagnarde, Vancouver la magnifique, Victoria l’anglaise, Halifax la brumeuse, Peggy’s Cove la pittoresque, Louisbourg la fabuleuse, Campbelton la bilingue, Caraquet l’acadienne, Moncton la modeste, Charlottetown la tranquille, Saint-John l’anonyme,Percé la rocheuse, et, chez l’omnipotent voisin du sud, Boston l’indépendante, Providence la lovecraftienne, Salem l’ensorcelée…

Je n’oublie pas pour autant tous ces lieux, villes ou sites naturels, auxquels il aura fallu renoncer, faute de temps ou de moyens : Churchill et ses incroyables migrations d’ours blanc, le mythique Yukon des chercheurs d’or, le lointain Nunavut des Inuits, la 10ème province de Terre-Neuve & Labrador qui nous restera étrangère, la fameuse Baie-James des explorateurs, les célèbres Mille-Îles ontariennes, les minuscules Îles de la Madeleine et leurs phoques "enbanquisés", etc…

Je me souviens particulièrement, comme un souvenir plus cher que les autres, de la traversée longitudinale de ce pays gigantesque, à bord de ce train légendaire sur lequel la revue Géo m'avait fait nourrir des rêves d'adolescent bien des années plus tôt...

Je me souviens aussi et surtout de ces personnes que j’ai rencontrées, de tous ces amis que j’ai et qui m’ont adopté(s), comme de toutes celles et tous ceux que nous avons brièvement croisés, et qui tous, à leur mesure, ont contribué au succès de cette aventure canadienne.
Ces amis, ces collègues, ces collègues devenus amis, bref cette belle gang de chums que sont devenus la touchante Renée-Anne, les excellents Florence et Pierre-Louis, la sensible Christine des Loupiots, la «rockeuse» au grand cœur Chantal et son Lionel, la douce Pauline, l’impayable Kimberley, les inénarrables M. et Mme Vallières, les démocrates Zoé et Joe, les sympathiques M. et Mme Etchéverry, les adorables Céline et Robert, le facétieux Éric, le délicat Charles, les chaleureux Suzanne et Roger, les stupéfiants Marthe et Daniel, la discrète Géraldine, les placides Valérie et Nicolas, les merveilleux Tanya et Ivan, la délicieuse Pascale, les rigolos Yvana et Guillaume, les impayables Colette et Jean-Marc, les souverainistes Lucie et François, la patiente Christine de hertz, l’incomparable Gianpaolo et sa blonde-brune Christine, le boute en train Jean-François, la fragile Nathalie T., la souriante Nathalie B., l’indépendante Louiselle, la si généreuse Louise B., l’autre Louise B., la solide Anik, la tendre Linda, les authentiques Édith et Dave, les étonnants Carolle et Malcolm, la latine Fabiola, le gai Daniel C., le sérieux Michel R., le jovial Pierre-Paul, la francophile Sylvie M., la fausse blasée Nathalie C., le séducteur Jean, le sarcastique Daniel M., le faux ingénu David, la remuante Valérie, la mobile Clara, la rieuse Rita, les insaisissables Michel et Sylvie D., la prévenante Marie-Christine, l’enjouée Elsa, la dynamique Marianne, la gentille Élisa, sans oublier bien sur mes co-rameurs, embarqués avec moi dans cette délicieuse «galère», la douce Marie-Line, le rat des villes Yann, l’énigmatique Stéphane, la conviviale Sandrine, ni les collègues bloggeurs Sandy et Flo.
Sans oublier non plus toutes les copines et les copains de ma petite puce, Loupiots ou complices de baignade : la remuante France, le taquin Paul, le clown Émeric, le doux Isaac, la sage Adèle, la paisible Mélodie, la polie Émilie, le robuste Logan, le turbulent Youri, la calme Lilas, l’obéissant Benjamin, le riant Pierce, le ténébreux Louis, le grand Barett, le petit Chase…

Je me souviens également de tous ces personnages illustres, réels ou imaginaires, qui ont bercé mes lectures et mes songes pendant ces quelques mois : Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Pierre Dugua de Mons, Louis Jolliet, Etienne Brulé,Jean de Brébeuf, Archibald Cameron of Locheill, Jules d’Haberville, Georges-Etienne Cartier, François-Xavier Garneau, Maurice Richard, Guy Lafleur, Ovide, Napoléon et Guillaume Plouffe, Denis Boucher, Jean Colin, Wolfe, Montcalm, Lévis, Murray, Jummonville, Monsieur de Maisonneuve, David Mac Lane, la sorcière Corriveau, le soldat Corriveau, Abraham Martin, Frontenac, Phipps, les frères Kirke, Dufferin, Duplessis, Jean Lesage, René Lévesque, Gédéon de Catalogne, le père Louison, Mononque, Dolorès et Junior Bougon, Biron, Lapointe, Conrad et Gastone, Marcel Galarneau, J.P. Labrosse et Gina Pinard….

Je me souviens de l’encouragement du V (je dis encouragement, mais injonction serait plus juste) en faveur de la rédaction de ce blog, qui m’aura valu tant de commentaires aussi sympathiques qu’inattendus, notamment ceux, fidèles, de ma fan numéro 1, Annie la québécoise expatriée en Roumanie, qui retrouvait peut-être sur ce journal venu du froid un petit parfum de sa terre natale.

Je me souviens de toutes ces visites en provenance de France, qui nous paraissaient si lointaines et tellement hypothétiques en septembre 2004, et qui paraissent à nouveau si lointaines mais tellement réelles en ce mois d’août 2005 : Olivier, Isabelle, François, Clémence, Aline, Jacques, Amélie, Christine, Brigitte, Nathalie, Thomas, Juliette, Déborah et Hélène…

Je me souviens aussi de ce Québec que j’espérais éviter, celui des brailleurs hystériques Céline-je suis formatée de la tête aux pieds-Dion et autres –je chante comme un loup-Garou et consorts… dieu merci tous sagement demeurés dans leurs lointaines contrées d’exil, Las Vegas pour l’une, la France pour tous les autres. Cela me conforte dans l’idée que les Québécois sont aussi fatigués que moi de cette génération de bébés-plamendon, et qu’ils sont trop heureux de pouvoir s’en débarrasser sur les voisins français. Je ne serai pas soulagé de les retrouver…

J’ai un peu plus de peine à me rappeler tous les chauffeurs de taxi croisés au gré des transports urbains, professionnels ou touristiques, tous les hôtels, motels, chambres d’hôtes, gîtes, couettes et cafés investis pour une nuit ou plusieurs jours au gré de nos aventures, tous les guides qui nous ont initié, à l’est comme à l’ouest, aux délices et aux surprises du Canada.
Ils n’en composent pas moins une masse plus ou moins anonyme de visages et d’enseignes aussi colorés qu’uniformément accueillants.

Tout est passé très vite, trop vite, beaucoup trop vite… Cette année a ressemblé à une étoile filante, sitôt entamée, déjà terminée. Elle nous laisse un fort goût de reviens-y…
Finalement, un an, c'est bien peu de chose lorsque l'on a du fun. Et l'on peut dire qu'en ce Québec convivial et chaleureux, nous aurons eu bein du fun en masse.
La masse, sans le fun, c'est maintenant ce qui nous attend de l'autre côté de l'atlantique, à travers les retrouvailles avec Paris..

Paris...
Aaaaahhhhhh.... quel plaisir de humer à nouveau ce délicat parfum de pollution au dioxyde de carbone.
Oooooohhhhh.... quelle joie de retrouver ce ciel grisâtre, été comme hiver.
Eeeeeyyyhhhh…. quel étonnement de reprendre contact avec les hystériques chauffeurs franciliens qui dégainent bruyamment l’agressif klaxon au moindre prétexte bénin. Ces gens-là ne parlent pas, ils aboient !
Huuuummmmmm.... et quel bonheur de renouer avec ces visages renfermés et hostiles croisés au hasard des rues ou des couloirs de métro.
En parlant du métro, tiens justement, j'avais oublié à quel point il était sale, et malodorant... mon vieux métro qui pue, ça me fait bien plaisir de t'revoir !
De toute façon, je n'ai pas trop le choix, si j'escompte d'échapper aux embouteillages délirants du périphérique parisien, ou aux affres aliénantes du stationnement impossible.
Mais, que vois-je ?
Qui se dresse derrière les parisiens stressés, sous les vapeurs des pots d'échappement, dans la pénombre du métro.....?
Non, je ne rêve pas ?
Ce sont bien tous les amis et parents délaissés pendant un an, qui attendent et saluent notre retour au bercail.
Les chums, c'est trop cool de vous revoir.
En fait, c'est même la meilleure nouvelle de cette fin d'été.
On a grand hâte de se retrouver en votre compagnie, autour d'une bonne table ou d'une bonne partie. Et puis, on a tellement de chose à vous raconter !
Comment ? Vous savez déjà tout grâce à la lecture attentive du blog venu du froid ?
Mince... alors nos anecdotes, nos récits de voyage, nos découvertes, nos rencontres, vous les connaissez déjà ? Bon...:-(
Mais rassurez vous. On a quand même pas tout mis dans le blog. On en a gardé un peu sous le coude pour les retrouvailles. Ca vous intéresse quand même un peu ? Et puis n’oubliez pas que les plus motivés d’entre vous auront droit à la soirée photos… qui devrait durer tout un week-end (fini d’appeler ça «fin de semaine», je reviens au bon vieux français de France), le temps de faire le tour des 6000 prises de vue, et des essentielles vidéos d’orignaux…. Hey, attendez, partez pas si vite ! Vous, de votre côté, il va falloir que vous nous disiez comment vous avez passé l'année, sans nous... c'était pas trop triste ?
Si ?
Aaaaaahhhhhhhh....
Finalement, il y quand même un peu de bon à rentrer au pays…

Et puis, maintenant que nous avons repris contact avec le sol et la réalité parisienne, il nous reste toujours un refrain pour nous bercer des riants souvenirs québécois, inspiré par le grand Robert, un des trois grands chansonniers du Québec si l'on en croit les partisans de la cause souverainiste. Et voilà que depuis quelques heures, depuis quelques jours, et pour quelques semaines ou quelques mois encore à n'en pas douter, je ne cesse de fredonner, tout seul dans ma barbe, ou en coeur avec ma petite Velma :

"Si j'avais les ailes d'un ange,
Je partirai pour..... QUEBEC !"

lundi, août 22, 2005

A venir en août : à la fin du show, le rideau se baisse sur cette magnifique année québécoise...:-(


Les feux de Loto-Québec
Originally uploaded by Sébastien M..

mardi, août 09, 2005

A venir : en août, deux ravissantes paysannes se rendent à Québec pour les fêtes de la Nouvelle-France



Bien sûr, le château Frontenac est un peu anachronique par rapport à la période de la Nouvelle-France...
Pour les curieux, j'ai chargé de nombreuses photos des costumes et des fêtes de la Nouvelle-France sur flickr, accessibles via la galerie ou bien en cliquant sur la photo de mes deux amours ci-dessus.

lundi, août 08, 2005

Blague québécoise..

Si les français ont leur belges et leurs suisses, objets de tous leurs bienveillants sarcasmes, les québécois ont pour leur part leurs acadiens, dont ils gaussent l'accent avec une cruelle malice.
Témoin, cette inncocente plaisanterie entendue ce soir à Québec :

Un enfant acadien s'approche de sa mère et lui dit :
- maman, tout à l'heure j'ai vu un airplane !
- mon chéri, ce n'est pas comme ça qu'il faut dire. On dit "avion".
- Ah d'accord... alors maman, tout à l'heure j'avions vu un airplane !


Bon moi elle me fait rire, car pour être allé traîner en Acadie, j'ai pu constater que ces formes de vieux français ("j'avions", "j'étions") y ont bien toujours cours....
Vu de France, bien sur, cela doit paraître aussi inintéressant qu'une blague belge racontée ici, au Québec :-))

vendredi, août 05, 2005

Juillet 2005 : la fin est proche

Et non contente d’être vertigineusement proche, elle fonce vers nous avec une effrayante vélocité.
Ce mois de juillet, nous ne l’avons pas vu passer.
Entre le temps magnifique, le festival d’été de Québec, les premiers préparatifs du retour, les dernières manœuvres professionnelles, et la balade en Nouvelle-Angleterre, j’ai l’impression d’avoir été volé de mon mois de juillet, mystérieusement réduit à quelques jours subliminaux.

Le festival d’été de Québec, c’est un feu d’artifice (au sens propre comme au sens figuré) de concerts et spectacles musicaux de tous les genres, qui s’étire sur plusieurs scènes du centre ville pendant une dizaine de jours. L’occasion de faire cohabiter, se croiser ou s’entrechoquer dans d’improbables rencontres, les légendaires punks des New York Dolls, les incontournables québécois des Cowboys Fringants, les électriques balades de Daniel Lanois, les festives incantations de Benabar, la pop sucrée de JP Nataf (ex-Innocent) mêlée à la variété acidulée d’Alban de la Simone, les survivants de Zebda, les populaires Trois Accords, les poilus ZZ Top, le revenant Charlélie Couture, les sautillants Loco Lokass (le rap me fera toujours rire avec ses rimes et sa poésie de mirliton… j’ai beaucoup aimé le «libérez nous des libéraux») et des dizaines d’autres encore, que j'oublie ou qui ne m'intéressent pas.
La ville bourdonne d’une fébrile animation, jusque tard dans la nuit, et les publics les plus incompatibles se mélangent et se fondent en douceur dans la festivité québécoise bon enfant. Étrange spectacle que de voir se déverser sur la Grande-Allée, devenue piétonnière pour la circonstance et pour le bonheur du riverain que je suis, les hordes de fans des NY Dolls tatoués et crêtés à l’iroquoise, côte à côte avec les sages amateurs de Starmania, ombrelle et chaise pliante sous le bras.
En parlant de chaise pliante justement, on apprend vite à éviter les concerts «grand public» investis par une audience dont la moyenne d’âge élevée et la tendance systématique à transformer les plaines d’Abraham, formidable scène à ciel ouvert, en place centrale de camping des flots bleus, nuisent à l’esprit de fête ambiant.
Accessoires omniprésents, les toiles et chaises longues relèguent le spectateur debout à une distance indécente de la scène, et ont vite fait de me faire préférer des espaces plus intimes et des spectacles plus originaux, moins compatibles avec l’avachissement sénile.
Avec son festival de l’été, Québec justifie une fois de plus son aura de petite ville dynamique, à des années lumières de ses homologues françaises (Bordeaux, pour ne pas la citer, avec laquelle elle est justement jumelée). Suivant le sympathique festival des fanfares militaires (cf. entrée du mois d’août 2004), les décevantes fêtes de noël (cf. entrée du mois de décembre 2004), le formidable Carnaval de l’hiver (cf. entrée du mois de février 2005), le festival de l’humour (complètement passé à côté), les jeux mondiaux des policiers et des pompiers (soigneusement évités au profit des provinces maritimes – cf. entrée du mois de juin 2005), et précédant les fêtes de la Nouvelle-France, qui concluront notre séjour en ces terres, le FEQ (abrégé malheureux du festival d’été de Québec) est la parfaite entrée en matière dans le sujet et la douceur estivale.

En fait de douceur estivale, il vaudrait mieux parler de températures caniculaires. Ce mois de juillet vient combler en quelques petites semaines l’abyssal déficit de soleil et de chaleur accumulé tout le printemps durant.
Avec la réouverture de la piscine (chauffée de surcroît) de l’immeuble, nul besoin de boule de cristal ou de marc de café pour deviner à quel point le souvenir québécois nous paraîtra doux lorsque nous aurons replongé tête et épaules dans la frénésie et le «confort» parisiens.
Avec la canicule, l’ardeur professionnelle s’étiole.
Avec la musique dans la rue, la concentration se disperse.
Avec les projets de vacances, l’esprit vagabonde.
Le temps de boucler le monolithique rapport de fin de mission dans la fonction publique québécoise, et les regards se tournent à nouveau vers des horizons exotiques.
Mais l’effilochement accéléré des semaines force à consentir des sacrifices cornéliens parmi les aspirations touristiques.
Exit l’Outaouais, avec son plus grand hôtel en rondins du monde et son «zou» de Montebello… :-(
Après tout, un hôtel en rondins, cela n’a rien de bouleversant, et à plus de 200 $ la chambre, il y a forcément mieux à faire du temps et de l’argent qu’il nous reste.
Quant au parc Oméga de Montebello, nous ne l’avions inscrit sur nos tablettes que pour contempler enfin à loisir des orignaux autour de notre voiture, déçus que nous avions été devant leur rareté au «zou» de Saint-Félicien.
Depuis que nous en avons vu des tonnes en liberté en Gaspésie et dans les provinces maritimes, nous sommes repus d’orignaux, et la visite d’un parc animalier supplémentaire nous semble totalement superfétatoire.
Désormais, pour faire le tour du sujet de l’orignal, il ne nous reste plus qu’à y goûter, ce qui, par l’entremise d’un collègue chausseur, n’est qu’une question de temps (je vous en dirai des nouvelles).
Exit le train touristique de la région Chaudières-Appalaches, qui mène ses visiteurs, à son rythme de sénateur, de Vallée-Jonction jusqu’à Thetford Mines, à la découverte des carrières gigantesques.
Le compte rendu d’une collègue ayant testé la chose quelques semaines plus tôt n’a pas été suffisamment enthousiaste pour motiver l’affectation d’un précieux jour de week-end à cette excursion.
Exit le survol des baleines en hydravion, à hauteur du fjord du Saguenay. Et ce renoncement là est pour moi un véritable crève-cœur. Voir les baleines depuis le ciel, dans toute leur longueur, alors que la sortie en zodiac ne donne à voir que quelques malheureux ailerons et jets de respiration, j’en rêvais depuis des mois (cf. entrée du mois d’avril). Mais le calendrier de l’activité, circonscrit dans un petit mois, ne s’est pas avéré compatible ni avec celui de nos visiteurs, ni avec nos échéances estivales. Et puis nous avons tellement vu Tadoussac, son ferry, sa chapelle des indiens, son hôtel chicos, son comptoir de trappeur, sa baie et ses bélugas, que nous aurions probablement fait une poussée d’urticaire au seul fait de contempler une fois supplémentaire ses toits peinturés de rouge, et de découvrir ses ruelles envahies par les hordes de visiteurs en autobus.
Exit la cité de l’énergie de Shawinigan, en Mauricie. À bien y réfléchir, une cité de l’énergie, cela ne présente guère d’intérêt à visiter. J’en viens à me demander pourquoi je me suis bêtement focalisé sur cet attrait touristique aussi plat qu’un pancake écrasé ? Sans doute parce que pendant l’hiver, alors que tout était fermé à l’horizon, je me serais contenté de cette studieuse sortie pour rompre un peu la routine des activités de neige. Mais maintenant que le temps fait défaut, je réalise l’incongruité du projet. Visiter une cité de l’énergie !!! Autant visiter une centrale électrique en France.. cela doit être à peu près aussi captivant !
Exit en même temps, puisque nous n’aurons plus l’occasion de nous rendre en Mauricie, la visite du Camp de Bûcherons de Grandes-Piles, et la visite de la Tuque, ville natale du grand Félix.
Bon, la Tuque, honnêtement, je m’en fous… et puis le grand Félix, je lui ai déjà payé une visite sur l’Île d’Orléans, dans la fondation gérée par sa petite famille (intéressante).
Le Camp de Bûcherons par contre, cela m’aurait bien amusé, histoire de voir un peu à l’œuvre le savoir-faire de ces robustes draveurs qui hantent l’histoire, la littérature et la mythologie québécoise. Et puis cela aurait été à n’en pas douter l’occasion parfaitement opportune d’acheter une chemise ou une veste lumberjack cette année, au plus grand dam de ma petite épouse qui ne peut pas sentir cette rudimentaire mode à carreaux.
Tant pis pour les vêtements de bûcherons. De toute façon, on trouve les mêmes à Paris.
Exit enfin la visite de Chicoutimi, près du lac Saint-Jean. Des collègues québécois m’ont depuis rassuré dans mes choix en me confirmant que je ne manquais rien, ou pas grand chose, et je confesse qu’à part le nom de la ville, que je trouve amusant, rien ne m’attirait en ces lieux.
À force d’appuyer sur la touche Exit, notre liste de sortie s’est trouvée rapidement réduite à sa portion congrue : visite de Grosse-Île, puis balade en Nouvelle-Angleterre.

Grosse-Île, c’est une île située dans l’archipel de l’île aux grues, en plein Saint-Laurent, au nord de Québec, aménagée en station de quarantaine pendant un siècle, entre 1830 et 1930 (à la louche).
Comme son nom ne l’indique pas, ce n’est pas la plus grosse île de l’archipel, mais la plus haute.
Mais elle reste suffisamment vaste pour mériter un vraie journée de visite.
Accessoirement, pour les sceptiques, c’est la station de quarantaine de Grosse-Île qui a inspiré les voisins américains pour l’aménagement d’Ellis Island. Donc visiter Grosse-Île, c’est faire preuve d’une véritable curiosité. Tandis que visiter Ellis Island, c’est suivre aveuglément le troupeau des touristes attirés par New York comme des mouches par le papier citronné. Je dis ça, mais en même temps, si je vais un jour à NY, j’irai certainement visiter Ellis Island.. je suis un mouton comme les autres, moi aussi, à mes heures.. je me consolerai cependant en me disant que j’ai vu, moi, ce qui a précédé et inspiré la célèbre station de quarantaine couronnée par la statue de la liberté (une statue française ? une station québécoise ? quel sens de la récup ces américains :-)).
«C’est quoi Ellis Island ?» demande une touriste québécoise avec une confondante ignorance. Mais comment peut-on visiter une station de quarantaine sans connaître, au moins de réputation la plus célèbre d’entre toutes (merci le savoir-faire américain en matière de communication).
Donc, une station de quarantaine, c’est un lieu de transit obligatoire pour les immigrants, avant d’être débarqués sur le nouveau monde de toutes leurs illusions et espérances, le temps de s’assurer qu’ils n’amènent pas avec eux quelques unes de ces redoutables infections qui transforment le vieux continent en bouillon de cultures.
Grosse-Île a ainsi vu défiler des milliers d’immigrants de toutes nationalités, mais principalement irlandaise, et a prélevé son du sur ce fret de chair et de sang lors d’une sinistre année 1847, qui a laissé sur la partie sud de l’île son empreinte indélébile sous la forme d’une multitude de petites croix blanche et d’un gros monument en forme de croix celtique à la mémoire de ces pauvres hères qui n’auront vu de l’Amérique que la terre qui recouvre leur fosse.
J’espère que ces malheureuses victimes du typhus nous pardonneront notre profanation, car Velma, pas émue pour deux sous par les poignantes descriptions du guide (la famine qui force à l’exil, les conditions de vie déplorables à bord des bateaux, les symptômes ragoûtants de la maladie, les soins rudimentaires…) a entrepris de déloger du sol une de ces «épées» de bois blanc. On l’a arrêtée à temps, mais cette anecdote illustre le fait que notre petite fille se nourrit peut-être trop d’histoire de chevalerie (une surdose d’Excalibur ?), et n’est pas encore suffisamment sensibilisée à la symbolique des cimetières :-).
Mais elle ne perd rien pour attendre : le circuit de Nouvelle-Angleterre comporte son (bon) lot de pierres tombales.
Au fil de la visite de Grosse-Île, entre les explications érudites d’un guide gaélique, et la promenade en petit train qui évoque plus Disneyland qu’un lieu de mémoire tragique, on a droit à sa propre séance d’accueil et de décontamination, sanctionnée par un certificat de «propreté» autorisant l’entrée sur le sol canadien. Fichtre : presque un an après notre arrivée, il commençait à être temps.
Ma bonne poire (ou ma grande gueule) me rapporte un traitement de faveur de la part du comédien médecin, qui entreprend de me soumettre à des analyses complémentaires, inquiet de découvrir au fond de ma gorge quelque alarmant symptôme de quelque maladie disparue… Lorsqu’il me harponne à nouveau sur le quai, au moment d’embarquer pour le retour, et qu’il s’enquiert de la suite de mon traitement, je le rassure en l’informant que j’ai obtenu mon bon de sortie en graissant la patte de son assistant… Fort mari, il nous souhaite un bon voyage en ruminant les sanctions exemplaires qu’il lui faudra prendre à l’encontre d’un employé aussi peu scrupuleux de son cordon sanitaire…
Bref, tout cela pour souligner le fait que la visite de Grosse-Île se fait dans la bonne humeur et la décontraction.

En cette fin juillet, le climat n’en finit plus de sourire, entre azur, or et touffeur, et nous nous extirpons presque à regret de la piscine pour prendre la route du Maine (trop dure la vie).
C’est décidé, notre tour de la Nouvelle-Angleterre nous conduira à Salem, Boston et Providence, ainsi qu’à Cape Cod si le timing le permet.
Par contre, nous ne descendrons pas jusqu’à New York, en dépit des protestions incrédules de nos amis et collègues locaux. Outre que la cité démesurée ne se trouve pas en Nouvelle-Angleterre, et que sa visite serait constitutive d’une impardonnable faute de goût dans un parcours consacré à cette région, nous avons réalisé depuis belle lurette que nous aurons bien d’autres occasions de faire le voyage directement depuis Paris pour découvrir la grosse pomme, de surcroît à un prix probablement compétitif avec ce que nos habitudes de voyage canadiennes nous ont appris à débourser.
En revanche, il était très peu probable que nous revenions spécialement en Amérique du nord pour visiter la Nouvelle-Écosse, la Colombie-Britannique, ou la Nouvelle-Angleterre.
Enfin, les 8 heures de route jusqu’à New York, grevées d’un nombre d’heures aléatoire d’attente et de formalités douanières, ne rendent pas le voyage plus rapide qu’un vol transatlantique entre l’Europe et les États-Unis.
CQFD. New York n’aura pas l’honneur de notre visite pendant cette année canadienne. On y retournera un jour, seuls (traduction = sans notre petite puce, à moins qu’elle ait bien grandi entre-temps) ou avec des poteaux (qui nous aime nous suive !).
Mais au fait, se dit le lecteur curieux, pourquoi cette fixette sur la Nouvelle-Angleterre ?
D’abord parce que c’est très proche du Québec : ça aide :-)
Ensuite parce que c’est un coin des États-Unis où la culture et l’histoire n’ont pas encore été totalement battus en brèche par le show-biz et les centres commerciaux : ça compte.
Enfin, parce que la Nouvelle-Angleterre, par son nom même, me semble difficilement sécable de la Nouvelle-France, tant l’histoire de l’une s’est nourrie des rebondissements de l’histoire de l’autre. Des exemples ?
La Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-France ont été, durant les 17ème et 18ème siècles en rivalité farouche sur la question de la traite des fourrures. Cette rivalité a largement alimenté tous les conflits indiens (entre européens et indiens, mais aussi entre indiens eux-mêmes) de cette période. L’acharnement des anglais a mettre un terme à l’empire français d’Amérique du nord puise directement sa source dans la menace que la présence française entre le Québec et la Louisiane faisait peser sur les épaules des colons anglphones installés en Nouvelle-Angleterre.
Enfin, une théorie aussi valable qu’une autre enseigne que la révolte américaine contre l’autorité anglaise, qui devait conduire en 1776 à l’indépendance des États-Unis, tire notamment sa source dans le fait que, enfin débarrassés de la menace française au nord, les habitants de Nouvelle-Angleterre ne ressentait plus le besoin d’une présence britannique sur leur sol pour garantir leur protection. Les taxes douanières imposées par le Royaume-Uni ont ensuite fourni le détonateur nécessaire pour contester la tutelle politique (la fameuse Boston Tea Party).
Bref, la Nouvelle-Angleterre ne serait pas ce qu’elle est sans la Nouvelle-France, et la Nouvelle-France n’aurait pas connu la même évolution (tragique) sans la pression de la Nouvelle-Angleterre.
Bon, tout ça c’est très beau, mais c’est un peu le prétexte historique de la balade. Dans les faits, j’aspire aussi – surtout – à mettre mes pas dans ceux des plus grands auteurs fantastiques américains, Howard Philipps Lovecraft et Egdar Alan Poe, je souhaite gratter un peu le sujet des procès en sorcellerie de Salem, et tant qu’à se balader dans le coin, ne pas passer à côté de la grande ville locale où se sont joués tant d’événements majeurs du 18ème siècle nord américain, Boston.

Première épreuve pour pénétrer le pays des hamburgers, franchir la frontière entre le Canada et les États-Unis.
Si les Canadiens passent tranquillement, d’un rapide geste de la main du douanier manuel (par opposition au douanier intellectuel.. je ne développe pas), le touriste franchouillard attire instantanément la suspicion.
Et voilà que, munie de nos passeports, notre douanière (plutôt cool au demeurant, en regard du cow-boy auquel nous avions eu à faire en septembre précédent) nous interpelle par nos prénoms, histoire de voir si nous répondons bien !
Comble de la procédure qui fait tâche, l’interpellation de Velma sur le thème du : «What’s your name, Velma ?»
À mon observation que ma petite fille de 3 ans et demi ne parle pas anglais, et qu’elle va avoir du mal à répondre à l’interrogation, ma douanière me rétorque, avec un sens de l’humour très modéré, que en anglais comme en français, son prénom est toujours le même et que cela devrait suffire pour qu’elle comprenne… Moui…ok… soyons cool et patient, et on évitera peut-être les 3 heures d’attente de certains co-expatriés confrontés à ce genre d’exercice.
Devant le regard vitreux de notre puce, la douanière finit par admettre que Velma doit bien s’appeler Velma même si elle ne lui répond pas lorsqu’elle l’appelle Velma…
On passe alors à l’étape numéro 2 : la vérification, sur une occulte liste électronique que nous ne sommes pas d’affreux terroristes d’Al-Quaida, bourrés d’explosifs, ayant rasé nos barbes pour passer inaperçus.
Ouf, la machine ne semble pas s’empêtrer dans de malheureuses homonymies et la procédure d’immigration peut continuer à suivre son cours civil. Pendant ce temps, des dizaines de véhicules canadiens continuent d’entrer aux États-Unis sans être ennuyés…
L’étape suivante du parcours de l’aspirant visiteur des states consiste à mettre la main au portefeuille.
Qu’on se le dise, l’entrée sur le sol américain, même pour une heure, coûte la modique somme de 6 $ US par tête de pipe. Belle mesquinerie, qui annonce la couleur sur ce qui va suivre. Aux USA, il n’y a pas de petits profits. Je n’ai pas de souvenirs d’avoir payé quoi que ce soit pour visiter le Maroc, la République Tchèque (avant son entrée dans l’UE) ou même pour venir vivre un an au Canada. Plus légers de 18 $ US (à peu près l’équivalent en euros) nous attendons stoïquement la suite des événements. Mais notre douanière s’étonne de nous voir encore là… C’est bon ? On peut y aller ? Déjà ? Allez, quoi, on ne peut pas franchir la frontière aussi tranquillement que ça, en à peine une grosse demi-heure ? Et les empreintes digitales ? Je croyais que la cérémonie des empreintes digitales était systématique pour tout nouvel entrant ? Non mais, c’est que je me sens refait, moi, si je n’ai pas le coup des empreintes digitales… Maintenant que j’ai payé, je veux le kit complet du visiteur suspect…
Bon, on se passera d’empreintes digitales, et on filera bien vite d’ici, heureux de s’en tirer à si bon compte.
On se souvient encore de ce douanier moustachu, dans les Cantons de l’Est, qui nous avait posé un nombre incalculable de questions, après avoir joué la partition de l’intimidation, et avant de nous encourager à visiter le Vermont. Merci mais ce jour là, on s’était juste trompé de chemin, et on souhaitait seulement faire demi-tour.
Donc, si 3/4 d’heures pour un simple demi-tour… on s’attendait à bien pire pour un séjour d’une semaine.
Fin de l’épisode douanier. On verra bien ce que nous réservera le retour.
Au bout d’une autoroute classée X, nous arrivons à Salem, ville de réputation sulfureuse, pour son histoire de sorcellerie passée à la postérité.
On se précipite donc sur le Salem Witch Museum, présenté par les prospectus comme le musée le plus visité de la ville, et par les guides comme le meilleur sur le sujet.
Et là, comment dire… Si le kitch était un dieu, le musée de Salem serait son temple. Entassés dans une grande salle plongée dans l’obscurité, nous assistons médusés à une succession de reconstitutions douteuses à base de mannequins de cire, avec diable rouge à queue fourchue, voix off qui gronde et roule les R, et hurlements stridents de jeunes filles effarouchées.
C’est sévèrement cake, et si cela a le mérite de narrer les événements sous un angle globalement objectif, cela tue dans l’œuf le désir d’approfondir le sujet. On en ressort un peu plus instruit sur la chaîne des délires ayant conduit à l’hystérique chasse aux sorcières, mais pas forcément emballés par «le musée le plus visité et le plus intéressant» sur l’épisode des sorcières de Salem.
Ce qui est amusant, c’est de lire dans les brochures locales que cette triste histoire sert aujourd’hui de vivace rappel et de garde fou contre l’intolérance et les jugements trop hâtifs d’une société inquiète.
Pas de doute, le Mac Carthysme, ou plus récemment la psychose autour de la «démonstration» des armes de destruction massive détenues par l’Irak, rassurent sur l’usage fait des nobles leçons tirées de l’histoire par les Américains.
Finalement Salem vaut mieux que son passé de sorcières. C’est une très belle ville, plutôt très cossue, où les belles demeures historiques rivalisent avec la douceur de la marina.
En parlant de belles demeures, le joyau de Salem s’avère être la fameuse maison aux 7 pignons, de Nathaniel Hawthorne, dont la visite révèle de délicieux passages secrets, en sus de l’art de vivre bourgeois à l’ère des pères fondateurs.
Comme on est venu pour elles, on fait un dernier petit tour sur les tombes des sorcières (et des sorciers, car la folie collective s’est abattue aussi bien sur des femmes que sur des hommes), ou plutôt sur le mémorial érigé en vis à vis d’un autre musée kitchissime, avant de prendre la direction de Boston.
En cherchant un logement accessible dans Boston, on mesure à quel point les États-Unis vivent au-dessus du niveau du reste du monde. Le coût de la vie (et partant des hôtels) y est exorbitant. Les voitures y sont monstrueuses et rutilantes, y compris dans les quartiers étudiants. Les maisons sont colossales, et font passer les maisons bourgeoises du Québec pour d’infâmes bouibouis de pays en voie de développement… bref, à défaut de ne pas vivre dans le même monde, on ne joue pas dans la même catégorie.
La restauration est à l’avenant. Les plats sont énormes, les portions débordantes… Lorsqu’on opte pas pour le doggy bag en fin de repas, on doit se résoudre à jeter la moitié de son assiette. Cela laisse forcément songeur à l’heure où le Niger traverse une famine épouvantable. C’est d’autant plus étonnant lorsqu’on lit, sur un monument planté en face d’Harvard que «personne ne devrait souffrir de la faim dans un monde d’opulence»… toujours cette sidérante schizophrénie américaine entre les beaux principes et la cruelle réalité.
On ne s'étonne donc pas, avec des telles moeurs alimentaires, de croiser aux États-Unis des obèses en quantité industrielles, alors que ce symptôme est pratiquement absent du Québec. À croire que pelleter la neige pendant les mois d'hiver, contribue à entretenir la ligne svelte, malgré la poutine et la tarte au sucre.
Avec un heureux concours de circonstance, on finit par se considérer heureux de trouver une chambre d’hôtel pas trop excentrée pour moins de 700 francs par nuit. On va pouvoir maintenant visiter Boston avec l’esprit (à peu près) léger.
Boston : belle ville, beaucoup de choses à voir, patrimoine historique conséquent, juxtaposition réussie de l’ancien (18ème) et du moderne, gros embouteillages, site agréable, rythme trépidant, magnifique musée Isabella Stewart Gardner. Pas la plus désagréable des villes pour poser des valises (cf. photos).
Avec une conscience touristique exacerbée, nous suivons pas à pas l’intéressante «freedom trail», ligne rouge de peinture ou de brique incrustée dans le bitume de la ville, menant d’un site historique à l’autre, à la rencontre de l’histoire de l’indépendance. Avec la température ambiante démentielle, nous ruisselons, nous pensons avec nostalgie à notre piscine québécoise, et nous engloutissons des litres de Coke Zero ou Splenda, nouveaux parfums dont je ne détecte pas la différence avec le C2. Velma s’asperge dans la mare aux grenouilles du parc Boston Common, pendant que nous y écoutons distraitement, par 30 degrés et 10h du soir, une représentation gratuite d’Hamlet.
Franchement, Boston, c’est sympa. À vrai dire, on y habiterait sans hésiter si on avait la chance d’être millionnaire (en dollars US hein, parce qu’avec des dollars CA, on irait pas bien loin).
Comme ce n’est pas encore le cas, nous mettons le cap sur l’état voisin du Massachusetts, le Rhode Island, grand comme un timbre poste, qui peut se vanter d’avoir hébergé deux écrivains majeurs (pour moi) dans la bonne vieille ville de Providence.
Vieille ville car elle serait, de source plus ou moins sûre, celle qui abrite le plus de demeures historiques aux États-Unis. En arpentant ses rues, on constate en effet que 9 demeures sur 10 arborent une petite plaque descriptive de leur ancestrale date de construction et/ou des résidents célèbres qui y sont demeurés. À tel point qu’un résident doté d’humour, vivant dans la 10ème demeure de la série, n’a pas hésité à apposer sur sa façade l’inscription suivante :
«In this house, in 1892, nothing happened».
Le plus beau à Providence, outre l’Arcade, premier centre commercial des États-Unis datant de 1832 (il fait son âge, pas de problème) et l’immaculée State House, qui fait penser à la maison blanche et se targue d’avoir le 4ème dôme auto porté au monde (après celui de Saint-Pierre de Rome, un dôme à Minneapolis, et celui du Taj-Mahal… mais qui s’intéresse à ce genre de détail débile ?), c’est le quartier résidentiel de College Hill. C’est là que naquît, vécût, puis mourût (ça se passe bien dans ce sens, généralement) dans un anonymat quasi complet, Lovecraft, père du fantastique moderne. C’est là aussi que Poe se plaisait à conter fleurette à quelque poétesse dont le nom m’échappe. Mais comme le pèlerinage religieux s’accorde mal avec la gaudriole, oublions les minauderies d’Alan Poe, et focalisons-nous sur H.P.L.
Ce qui frappe à Providence, en explorant un quartier si riche de souvenirs et de témoignages de ce passé littéraire, c’est l’absence totale de référence au grand homme. Son nom ne figure sur aucune plaque de maison, alors qu’il a habité, par le corps ou par la plume, la plupart de ces demeures. On ne trouve pas la moindre référence à son souvenir, pas de musée, pas de carte postale, pas de t-shirt ou de café Lovecraft… rien, absolument rien. Seul l’office du tourisme semble au courant de la présence immatérielle de son passage, et recycle aux profit de ses visiteurs curieux le parcours du fan élaboré pour une lointaine convention. Pourtant, tout le monde ou presque est imprégné de Lovecraft. Son œuvre est présente, de façon diffuse dans des pans entiers de la culture littéraire ou cinématographique contemporaines. La série Evil Dead de Sam Raimy (monsieur Spiderman), c’est Lovecraft, les influences du dessinateur Giger (monsieur Alien), c’est encore Lovecraft, l’œuvre quasi intégrale de John Carpenter, c’est toujours Lovecraft, des séries télé aussi diverses que Babylone 5 ou Hercules sont influencées par Lovecraft, des groupes de musique aussi extravagants que Iron Maiden, Blue Oyster Cult, Metallica, Marillion, ou les Wampas, revendiquent l’influence de Lovecraft, des écrivains aussi célèbres que Stephen King ou Fritz Leiber se réclament de l’héritage de Lovecraft, des auteurs des BD aussi talentueux que Andréas ou Sorel doivent tout ou presque à Lovecraft, et enfin (car j’arrête là cette énumération qui devient lassante) des jeux vidéos comme Alone in the dark ou Quake exsudent l’influence de Lovecraft.
Tout ceci pour dire que son oubli (apparent) total dans la communication de Providence ne lasse de me sidérer.
Mais après tout c’est aussi bien comme ça. Je me consolerai rapidement de ne pas avoir mon t-shirt noir inscrit «I walked along Lovecraft’s streets in Providence»… j’aurais été beaucoup plus profondément et durablement dépité de voir cette légende réduite au rang de gadget touristique à la disney, avec menu Lovecraft dans les fast-foods du coin (des nuggets de Nyarlathotep ? des Mac-Shub Niggurath ?), et casquette H.P.L. de rappeur…
Providence et Lovecraft, c’est finalement – et tellement logiquement, lorsqu’on y songe – une histoire un peu occulte, qui ne s’offre qu’à l’investigateur curieux, initié aux arcanes idoines.
Pour le passant ignorant, il reste un étrange et modeste mémorial, en face de l’université Brown, en forme de poème (cf. photos), et une pierre tombale un peu inaccessible, dissimulée entre les arbres et les allées du Swan Point Cemetery (assez éloigné du centre ville, à la frontière avec la commune adjacente de Pawtucket, pour ceux que ça intéresse). Là, nous croisons une américaine à peine plus vieille que nous, qui fait son pèlerinage annuel sur la tombe, depuis qu’elle a lu tous ses livres sur les conseils avisés de son oncle, et qu’elle a elle-même complété la visite auto guidée de College Hill… finalement, nous ne sommes pas seuls :-)
Après tout, habitants de Providence, et responsables du tourisme local, c’est aussi bien de laisser l’homme là où il est, dans son semi-oubli, à la seule disposition de ceux qui le cherchent vraiment. N’en faîtes surtout pas un gimmick commercial pour ados imbibés de Necronomicon, il y perdrait son âme, et nous notre spontanéité.

Cette spontanéité toutefois, à force d’être traînée dans d’interminables promenades, sous 40 degrés de température, finit par se dissoudre dans l’air moite.
Avec cette canicule qui ne nous a pas lâché depuis notre arrivée en Nouvelle-Angleterre, nous finissons par ressentir le besoin d’une pause rafraîchissante, et puisque notre «schedule» (anglicisme québécois) l’autorise, sans risque de "cancellation" (autre anglicisme québécois), nous piquons vers le bras replié de Cape Cod, dans le Massachusetts. Sur les bons conseils de notre guide, nous jetons notre dévolu sur «l’une des 10 plus belles plages du monde», et pique nique dans le panier, nous nous apprêtons à goûter aux délices reposants (si utilisés sans abus abrutissant) des vacances de plage !
Là, double désillusion.
D’abord, comme de bien entendu, le temps qui oscillait jusqu’à lors entre canicule terrible et écrasante canicule, décide subitement de s’accorder un break nuage, vent et températures fraîches. Au milieu des quelques plagistes égarés, déboussolés par ce revirement climatique brutal, nous renonçons à nos velléités de baignade devant la fraîcheur glaciale de la mer. Même la station assise, emmitouflé, sur le sable froid, n’est pas longtemps tenable.
Velma tient le coup le temps de faire quelques pâtés de sable (parler de châteaux serait extrêmement présomptueux), un tunnel et 2-3 trous, avant de réclamer la voiture. Sans faire ni une ni deux, on prend nos cliques et nos claques, on remballe notre pique nique estival, et on fonce se réchauffer auprès de l’ami PT Cruiser.
De toute façon nous n’avons pas des tonnes de regret. La fabuleuse plage annoncée s’est avérée plutôt décevante, loin d’être aussi belle que les plages du sud-ouest français, et certainement à des années lumières des plages du sud-est asiatique ou de la Polynésie. Comment ce bout de sable battu par les vents a bien pu se retrouver parmi les 10 plus belles du monde constitue pour moi un insondable mystère !
Je ne vois en fait que deux réponses possibles.
Soit ce classement des plus belles plages du monde réduit le monde à sa dimension strictement nord-américaine, dans un excès d’ethnocentrisme dont les américains sont tristement coutumiers… soit c’est un magistral coup de bluff des Kennedy, habitués des lieux…
J’invite ceux qui douteraient de mon objectivité impartiale à se référer à la galerie photo, où ils trouveront un cliché (un seul, elle n’en mérite vraiment pas plus) de la fameuse plage. Personnellement, le jour où je chercherai des belles plages (et seulement des belles plages), je prendrai plutôt la direction des Maldives que celle de Cape Cod.

C'est donc sur cette expérience balnéaire avortée que nous quittons les États-Unis pour rejoindre notre Québec chéri. Les douaniers US ne nous regardent même pas passer. Par contre, la douanière canadienne tique sur notre accent et nous passe à la question de rigueur...
Au moins, cette fois, on évite le psychodrame des fruits et légumes. Un an plus tôt, arrivant de France, les douaniers montréalais nous avait tout fait jeter à la poubelle histoire de préserver l'atmosphère canadienne des miames européens. Comme un touriste averti en vaut deux, une semaine plus tôt, nous avions feinté notre douanière US, afin d'éviter de perdre inutilement une fois de plus nos précieuses provisions. Mais on ne méfie pas assez du bacille de la banane...!

Avant de conclure cette dernière semaine d’aventures nord-américaines, nous faisons un crochet par Montréal, histoire de jouir enfin de ce parc d’attraction qui, depuis l’île Sainte-Hélène, ne manque pas d’accrocher le regard du visiteur embarqué sur le pont Jacques Cartier. Ouvert durant la seule, et courte période estivale, il offre des roller-coasters dans tous les coins, une vue imprenable sur le downtown montréalais, en plus de ses nombreuses attractions pour enfants. Il réussit même, sous couvert de diversité culinaire inédite, à nous faire replonger dans l’infâme poutine (poutine Desperado pour moi, poutine Cocorico pour Corinne).. mais même agrémentée de poulet ou de fioritures alléchantes, la poutine, ça reste vraiment dégueulasse… Allez, ce seront nos dernières poutines avant le retour en France. Pas question de se faire avoir une fois de plus par cette horreur.
La Ronde (c’est le nom du parc d’attraction, pour ceux qui n’auraient pas suivi) mérite sa journée de visite, même si je me rends compte que je ne supporte définitivement plus de devoir faire 45 minutes de queue pour une attraction de 45 secondes… désolé pour les inconditionnels, mais Disneyland a définitivement épuisé mes réserves de patience pour ce genre d’exercice. J’en viens à regretter les parcs où les attractions seraient payantes à l’unité, et où il serait possible de passer plus de temps à s’amuser qu’à s’emmerder..
À Montréal, nous faisons nos adieux aux connaissances locales.
À Québec aussi d’ailleurs. Chaque journée apporte son lot de séparations et d’au-revoirs.
Le temps file à une allure vertigineuse. J’ai peine à croire que cela fait déjà pratiquement un an que nous sommes dans ce pays.
La canicule ne nous a pas suivi. Elle est restée empêtrée dans le relief de Nouvelle-Angleterre, et si nous rêvions de piscine en traînant nos carcasses sous 38 degrés Celsius, la vue de l’eau bleue nous semble beaucoup moins affriolante par 25 petits degrés ambiants.
Juillet se termine. La fin est plus proche que jamais, et les deux semaines d’août qu’il nous reste pour jouir encore du Québec nous paraissent bien minces, d’autant qu’elles seront consacrées presque intégralement aux fêtes de la Nouvelle-France.
Mais une nouvelle me parvient, via Internet : Zidane reprend du service en équipe de France. Son retour dans l’hexagone coïncidera, à quelques heures près, avec le nôtre.
Cela fera donc deux grands hommes qui regagneront simultanément (si tant est que l’on considère Zizou comme un « grand homme » :-)) le bercail tricolore. Est-ce vraiment une consolation ?

mardi, août 02, 2005

Avance Hercule : suite

Décris moi ta plaque d'immatriculation et je te dirai qui tu es !

Suite de mes distractions minéralogiques, alimentées cette fois par un récent périple en Nouvelle-Angleterre.

Dans ce jeu des différentes familles de plaques américaines, il faut d'abord relever la simplicité de certains états modestes, qui assurent la représentation minimum en se contentant d'une seule couleur unie et d'un slogan généralement basique.
Le Vermont opte pour le vert :



Le New Jersey pour le bleu :



ou le blanc cassé :



Pour ne pas faire comme les petits copains du New Jersey, le Connecticut choisit pour sa part un dégradé de bleu :



À l'autre extrémité du spectre, il y ceux pour lesquels la palette de couleurs n'est pas assez large...
Ils en mettent partout, à l'image du Kentucky, qui n'en peut plus de sourire pour se montrer accueillant :



Entre les deux, on trouve toute la cohorte de ceux qui se reposent sur une caractéristique principale, vaguement mise en valeur par un pâle dessin.
Ainsi, l'Ohio conteste à la Caroline du Nord (cf. Avance Hercule première partie) sa prétendue antériorité aérienne :



L'Illinois se félicite d'avoir enfanté un grand homme :



D'autres jouent la carte de l'écologie.
New York :



Le Maryland :



Ou encore le Massachusetts :



Le cas du Massachusetts est d'ailleurs intéressant, car écartelé entre différentes stratégies. L'argument des baleines le dispute à celui des stations balnéaires :



Et tous deux s'effacent ponctuellement derrière la posture arrogante, étonnante de la part d'un état plutôt démocrate, cultivé, et modéré. Est-ce là véritablement "l'esprit de l'amérique" ? Les Canadiens (américains eux aussi) apprécieront certainement d'être associés bien malgré eux à cette affirmation.



Pour moi, "l'esprit" actuel des États-Unis (bien différent de l'amérique !), ce serait plutôt celui du Texas, par la grâce du président actuel :



Il n'y manque que l'étoile du shérif.

Plus cool, le Maine jour la carte de la destination vacances (c'est clair qu'il n'y a pas grand chose d'autre à en dire) :



De même que le Rhode Island (personnellement, j'aurais préféré une plaque ornée du profil de Lovecraft :-)) :



Le Connecticut, emporté par un élan d'audace, chatouille le Massachusetts sur son terrain iconographique :



Et l'Illinois semble réaliser que Lincoln n'est peut-être pas un argument de vente suffisant, alors il nous glisse au passage un peu de nature :



Et puis il y a tous ceux qui n'ont désespérément rien à dire ou à montrer.
Le Missouri se donne des airs :



L'État de Washington s'auto-célèbre (un peu - en plus modeste - comme son voisin canadien du nord, la Colombie-Britannique) :



La Floride évoque le soleil (c'est à la fois beaucoup et très peu) :



La Virginie célèbre son anniversaire :



Tandis que la Pennsylvanie et l'Indiana sèchent lamentablement :




Reste la plaque officielle du gouvernement, qui met en scène un bison.



Pour moi un bison, c'est bête, têtu, grégaire et facilement manipulable (genre 2 ou 3 cowboys pour un immense troupeau)...
Est-ce vraiment l'image que veulent donner d'elles les autorités états-uniennes ? :-)

lundi, août 01, 2005

À venir : en juillet, nous visitons les sorcières de Salem