samedi, juillet 30, 2005

"I am Providence"



A venir : en juillet, nous rendons une petite visite au maître H.P.L.

mardi, juillet 12, 2005

ITUKIAGÂTTA !

ItuKiagâtta = "comme nous sommes émerveillés" en inuktitut.
Emerveillés par ce petit souvenir inuit que nous emporterons avec nous du pays de l'hiver :


Un ours dansant, signé d'un certain Markoosie Papigatok, artiste inuit basé à Cape Dorset, sur l'île de Baffin.


lundi, juillet 11, 2005

Avance Hercule !

Après avoir fait mes choux gras de la diversité des représentations d'orignal d'une province canadienne à l'autre, alors que cette belle bête ne me semble pas devoir changer aussi radicalement de silhouette à quelques centaines de kilomètres d'écart (cf. galerie photos), mon attention s'est portée sur un autre symbole visuel fort de l'amérique du nord : les plaques d'immatriculation.

Alors que les plaques minéralogiques françaises brillent par leur remarquable monotonie et leur sublime austérité (sous leur apparence actuelle du moins... encore que cela ne semble pas sur le point de s'améliorer si l'on en juge par ce qui se prépare), les plaques nord américaines se caractérisent pour leur part par des débauches de couleurs, de figurations et de leitmotivs de tous poils.

A mon arrivée au Québec, les plaques québécoises, toutes de blanc et de bleu vêtues, ornées du slogan "je me souviens", m'avaient paru un rien prétentieuses. De quoi étais-je donc supposé me souvenir, au volant de mon "char" à boite automatique, le nez collé dans le pare-choc de la voiture de devant (je précise que les voitures québécoises n'arborent leurs plaques qu'à l'arrière) ?
Que la priorité à droite n'est pas un concept applicable au Canada ?
Que j'ai le droit de tourner à droite, même lorsque mon feu est au rouge ?
Que ce même feu de circulation est placé de l'autre côté de l'intersection où je suis sensé marquer l'arrêt ?
Que la vitesse sur l'autoroute est limitée à 100 malheureux km/h ?
Ou bien que l'automobile est un accessoire indispensable et omniprésent dans la société nord américaine en générale et québécoise en particulier ?



Si la devise du Québec est une plutôt belle incitation à la pensée, riche de sens et d'interprétations diverses, je ne voyais définitivement pas la plus-value apportée par son affichage au niveau des pots d'échappement...

Depuis que j'ai un peu parcouru ces contrées, et qu'il m'a été donné de découvrir la concurrence en matière de communication minéralogique, j'ai pu relativiser mon jugement initial sur les plaques québécoises, et me rendre à l'évidence que ce "je me souviens", un tantinnet intellectuel, faisait finalement pluôt meilleure figure que la majorité de ses voisines.
Entre les plaques dénuées de second degré, les plaques présomptueuses, qui tentent d'en ramener à la face du monde, ou les plaques ridicules, comiques malgré elles, il y a de quoi agrémenter des heures de voyage.

Que l'on juge plutôt, à partir de cette petite sélection....

Sympa, l'Ontario verse dans la (fausse ?) modestie, en laissant ses visiteurs maîtres de leur découverte :



Plus orgueilleuse, la Colombie-Britannique ne doute pas du beau matos qu'elle a en magasin :



Entre les deux, le Saskatchewan la joue mystique.. Je n'ai toujours pas compris le concept de ciels vivants, dans cette province de plaines rases.



Pour se démarquer, le Manitoba se veut cool et amical :



Tandis que l'Alberta se rêve romantique, vautré dans les roses sauvages :



A l'est, le Nouveau-Brunswick, qui ne trouve rien à dire, se dissimule derrière son plus gros saumon du monde :



Mutisme dont profite la Nouvelle-Ecosse pour s'auto-proclamer facétieusement "terrain de jeu océanique du Canada" :



Passons sur l'austère sobriété de Terre-Neuve, que l'on imagine calquée sur celle de ses paysages et de son climat. À Terre-Neuve et au Labrador, ça doit pas rigoler tous les jours :



Je n'ai pas profité de notre trop bref passage sur l'Île du Prince Edouard pour photographier la plaque d'immatriculation idoine, et comme ces insulaires n'ont l'air de se sentir particulièrement bien que là où ils sont, je n'ai pas retrouvé depuis d'occasion de le faire. Mais je me souviens très bien que la plaque était illustrée du pont de la Confédération, ce qui me conforte dans l'idée qu'il s'agit bien là du seul sujet d'intérêt de la petite île (à cet égard, je me dois de rassurer le lecteur : il y a bien d'autres choses à voir au Nouveau-Brunswick que le fameux saumon géant...).

Mais dans le domaine de l'allégorie minéralogique, les champions du premier dégré restent sans conteste possible les voisins américains.

Trois exemples, assez révélateurs :

New-York enfonce le clou de la "simplicité" à l'américaine :



La Caroline du nord se cherche désespérément des titres de fierté :



Et le New-Hampshire remporte haut la main la palme de la devise la plus primaire (par charité, on va le prendre sur le mode de l'humour... une sorte de "The Big One / We will rock you" à la Michael Moore) :



J'ai bien hâte de découvrir de nouvelles plaques américaines dans l'espoir d'y lire d'autres aphorismes aussi puissants que :
Die with your boots on (Arizona ?)
Better dead than red (Massachussetts ?)
Nuc them all (Texas ?)
Keep cool, man (Floride ?)

Eyh, en fin de compte, "Je me souviens", c'est pas si tarte comme slogan. Bien joué le Québec !

P.S. : ma suggestion pour des plaques françaises new-look, capables de rivaliser enfin avec le nouveau monde : "AUX ARMES CITOYENS" ! :-)

vendredi, juillet 08, 2005

Aparté économique : Le Québec, pays du «pourboire»

Ne lui en déplaise, le Canada qui se situe plutôt dans le top des pays développés, partage une étrange caractéristique avec les pays en voie de développement.
Ils brillent autant l’un que les autres par la généralisation de la culture du pourboire.
«Tips» ici, «bakchich» ailleurs, ce sont toujours les mêmes notions, sonnantes et trébuchantes, qui viennent saler l’addition de façon informelle.
S’il est parfaitement légitime de rémunérer un service, et que celui-ci soit facturé de manière automatique et équitable au client, il semble plus contestable de faire intégralement peser sur la conscience du consommateur le poids d’une prestation de travail régulière. D’autant plus contestable que l’institutionnalisation coutumière d’un pourboire de 15% neutralise complètement les caractères théoriquement discrétionnaires et aléatoires du jugement du client. Tous les services ne se valant pas, il est paradoxal de prétendre les gratifier de façon uniforme tout en les laissant officiellement à l’appréciation du bénéficiaire.
Entendons-nous bien : si les services sont déjà inclus dans l’addition, ils n’ont pas lieu d’être facturés une seconde fois sous forme de pourboire, a fortiori à hauteur d’un seuil, loin d’être bénin, établi à l’avance.
Et si, à l’opposé, les services ne sont pas inclus dans les factures, et que leurs prestataires ne tirent leur rémunération que desdits pourboires, il serait grand temps de les intégrer pour de bon dans la note, ne serait-ce que pour garantir le salaire de leurs bénéficiaires.
Il en résulte des situations assez ubuesques, où des serveurs s’offusquent de ne pas recevoir leurs 15% «réglementaires» lorsque leur intervention s’est limitée à décrire une formule de buffet et à présenter la note finale.
Le comble du pourboire immérité est atteint, à mon sens, dans les fast-foods, qu’il faudrait être bien mal avisé pour célébrer pour la qualité du service. Ce truisme ne les dissuade pourtant pas d’exposer, à côté des caisses, les récipients de rigueur pour recevoir les généreuses oboles des clients, probablement ravis de passer commande debout à la caisse, de ne pas attendre trop longtemps leurs mets, avant d’aller déposer tout seuls comme des grands leur encombrant plateau sur une table un peu moins sale que les autres, dans un coin exigu de la pièce.
Là, franchement, je ne me remets pas de voir qu’un pourboire est recommandé, même s’il m’arrive, par une sorte de naïve compassion envers les jeunes gens qui financent leurs études avec ce genre de boulot, de mettre la main à la poche, je le confesse.
Avec un pourboire obligatoire de 15% à rajouter à la douloureuse, la prévision des coûts des services devient rapidement un exercice de calcul mental, qui tourne fatalement à l’avantage du prestataire.
Qui souhaiterait en effet, passer pour le pingre de service (c’est le cas de le dire) en omettant d’inclure les 15% de rigueur ? (les français se sont toutefois acquis sur ce point auprès des québécois une mauvaise réputation, passant pour ceux qui laissent le moins).
Et qui peut se targuer de calculer de tête rapidement un pourboire de 15% sur une note de 33.89 $ ?
On en arrive donc toujours au point où le souci de rapidité et d’efficacité se mue en générosité plus ou moins consentie, et où l’on arrondit le pourboire à la hausse… et hop, voilà que mes 33.89 $ se transforment en 40 $, pour s’épargner les mesquins retours de monnaie sur le pourboire… Pourtant, 15% ajoutés à 33.89 $ ne font jamais que 38.97 $.
L’équation devient encore plus terrible si l’on songe que les prix au Canada sont toujours affichés Hors Taxes, et que les taxes (au nombre de 2 distinctes et cumulatives) représentent à elles seules 15 autres % supplémentaires à la facture.
Avantage, lorsque je connais le montant des taxes, je peux déterminer plus facilement le montant du pourboire raisonnable :-).
Cela signifie quand même que, entre le moment où je commande dans un restaurant, et celui où je paye, les prix connaissent une fulgurante inflation de 30%… ce qui change quelque peu la donne !
Bien sur, certains produits de consommation échappent à la taxation abusive, selon qu’ils sont prêts à être consommés ou que leur consommation suppose une intervention entre l’achat et l’utilisation, ou bien qu’ils sont achetés en quantité supérieure ou égale à 6… ces opaques subtilités, qui vient brouiller encore d’avantage les cartes au moment des courses (par exemple) ajoutent au régal du dépaysement.
Mais ce que je ne m’explique pas, ou alors avec des motifs qui me semblent difficilement assumables par la société de consommation canadienne, c’est que les taxes sont intégrées sans problèmes aux coûts de certains (trop rares) produits.
Ainsi des vins et spiritueux distribués par la Société des Alcools du Québec, qui ne réservent aucune mauvaise surprise lors du passage en caisse : les étiquettes des prix tiennent compte des taxes.
Idem pour l’essence… ou encore pour divers produits à l’attention principale des touristes, que certains esprits lucides ont cru bon de préserver des maux de tête et autres nœuds d’estomac au moment de régler l’addition.
Car sinon, dans la majorité des cas, ce que cette situation produit, c’est, au mieux, l’incapacité frustrante, et ponctuellement paralysante, de prévoir à l’avance ses dépenses (pas moyen d’optimiser mes 12$ en poche quand je vais faire des emplettes chez un dépanneur), et au pire l’air ahuri et les protestations virulentes des touristes qui demandent des explications à n’en plus finir lorsqu’ils ne comprennent pas comment leur note de repas est passée d’un coup de 100 à 130 dollars.
D’où cette réflexion d’un commerçant québécois en voyant ma mine amusée devant la fureur d’un maudit français de passage, sidéré par le mode de facturation : «les clients qui ont pas l’habitude ont toujours l’impression qu’ils se font fourrer»…euh, pardon «arnaquer» :-))

Pourtant, la solution serait très simple. Elle lèverait une bonne fois pour toutes les risques de débat : intégrer taxes et services dans les prix !
Toutefois, avec mon esprit mal tourné, je n’ai pas de peine à deviner que la hausse spectaculaire qu’une telle opération produirait sur les étiquettes aurait un effet dissuasif des plus malvenus sur la consommation.
Pourtant, la somme tirée du porte monnaie serait bien la même, mais je suppose que l’on craque plus facilement pour un bien qui affiche 15% de moins que son prix réel..
Et l’alcool me demanderez vous ? Je ne peux que subodorer que la politique incitative qui s’applique à la majorité des biens de consommation, n’a pas cours dès lors que l’on parle d’alcool, avec les conséquences facheûses que sa consommation irraisonnée produit sur la santé, les accidents de la route, les rapports sociaux, etc…
Je fabule peut-être, mais je me dis que pour une fois, dans le cas des alcools, une logique de santé publique a pris le dessus sur la logique de la société de consommation, ce qui n’est déjà pas si mal…

lundi, juillet 04, 2005

Juin 2005 : Totems, bibittes et orignaux !

Les animaux sauvages sont-ils connectés à Internet ?
Je suis tenté de croire en tout cas que, bien à l’abri du regard de l’homme, au cœur de certaine profonde forêt boréale, dans quelque discret cyber-sylvestre-café, ils parcourent le blog venu du froid avec une attention particulière…
Devant ma désillusion, exprimée au mois de mai, de ne pas rencontrer d’animaux en quantités honorables dans un pays réputé pour la diversité de sa faune, il semble qu'ils ont décidé en ce mois de juin de nous sortir le très grand jeu…
Et ces orignaux, qui se cachaient depuis 9 mois, ont enfin consenti à se livrer dans toute leur majesté…
Mais je brûle les étapes…
Avant les orignaux, il y eut les bibittes…
Et avant les bibittes, les totems de l’ouest canadien…
Reprenons donc là où nous en étions restés à la fin du compte rendu précédent :

Début juin, au terme de trois jours de voyage en train transcontinental (cf. entrée du mois de mai), nous foulons donc enfin le sol de la ville de Vancouver.
Après le luxe désuet et romantique du transcanadien, après le rythme paisible et ressourçant de ce train légendaire, après la nature immense et sauvage de ses 4400 km de voies, nous atterrissons subitement en pleine modernité, en pleine frénésie urbaine, et surtout en pleine averse !
Le premier contact avec Vancouver n’est pas très bon. À défaut de se révéler négatif, il nous laisse toutefois fortement dubitatif… C’est une drôle de ville que nous découvrons entre la gare et notre hôtel du downtown, faite de béton, d’autoroutes aériennes, de gratte-ciels à perte de vue, sans unité ni harmonie géographique ou esthétique d’aucune sorte. Les choses se présentent mal, surtout si la satanée pluie persiste à vouloir brouiller le décor et détremper les organismes.
Nous relativisons en nous répétant que la pluie ne sied à aucun lieu, et qu’il serait pour le moins précipité de juger une ville aussi généreuse de promesses en à peine quelques dizaines de minutes pluvieuses. En effet, tous les commentaires qui ont précédé ou accompagné notre escapade dans l’ouest canadien se ressemblaient dans la dithyrambe abondante sur le sujet de Vancouver. Pas possible à ce prix là que cette ville nous déçoive en si peu de temps.
Nous sommes ici pour quelques jours, nous allons donc donner toutes ses chances à cette cité.
Mais pour l’heure, devant l’humide comité d’accueil concocté par le ciel, il nous faut d’urgence un plan de secours au sec et au chaud. Nous élaborons celui-ci dans un drôle de resto, réputé dans la région pour la qualité de ses petits déjeuners. Il pourrait également l’être pour leur quantité, vu la taille du pancake aux fruits rouges qui m’est servi en accompagnement de mon thé à la canneberge. L’assiette (pas à dessert) ne suffit même pas à le contenir. J’ai plutôt l’impression d’ingurgiter une pizza, vu sa taille. Comme un estomac plein est une efficace amorce de bonne humeur, nous prenons ensuite, plein d’entrain, la direction du musée d’anthropologie de l’université de Colombie-Britannique. Sur le chemin du musée, nous découvrons avec ébahissement le cadre idyllique offert aux étudiants de Vancouver, entre espaces verts omniprésents, piscine couvertes ou découvertes, pavillons et jardins thématiques (premières nations par ici, jardins chinois par là), et même golf universitaire, le tout aux portes immédiates du centre-ville. Je repense sans nostalgie à l’université de droit de Bordeaux, à ses pelouses jaunies ou pelées et à ses édifices de béton délabré datant des années 60/70… je souhaite aux étudiants du sud-ouest que les choses se soient un peu arrangées depuis les années 90. Mais je relativise aussitôt ce jugement rapide avec la double pensée réconfortante que, au moins, les étudiants français n’ont pas besoin de s’endetter pendant des décennies pour rembourser leurs études universitaires dispendieuses (j’ai plus d’un collègue québécois, où les études sont pourtant bien meilleur marché que dans le reste du Canada, qui traîne un remboursement mensuel de 1000 francs pour encore de nombreuses années de vie active), et par le fait, d’autre part, que l’on ne risque pas d’envier ce que l’on ne connaît pas. Or je doute que beaucoup d’étudiants gascons viennent traîner leurs guêtres au sud de la Colombie-Britannique….
Au musée d’anthropologie, exclusivement consacré aux premières nations de l’ouest canadien, nous découvrons nos premières bordées de totems, ainsi que les chefs d’œuvres ancestraux ou plus contemporains des artistes indiens majeurs.
C’est l’occasion de se familiariser avec des noms comme Bill Reid ou Mungo Martin (c’est drôle, pour des artistes amérindiens, je me serais plutôt attendu à des noms comme "Celui qui transforme le bois avec ses doigts" ou encore "Celui qui voit au-delà des choses de la nature", bref des trucs dans ce goût là.. mais certainement pas à Bill…) et de prendre conscience que les nations indiennes de l’est canadien (Hurons, Algonquin, Montagnais, Iroquois, Cris, Mic-Macs..) n’ont pas essaimé à l’ouest, où règnent sans partage des tribus originales telles les "Haïda" (pour moi ce nom évoque davantage une petite fille des alpes suisses que d’âpres guerriers indiens), les "Musqueam", ou encore les "Kwakwaka’wakw" (un flacon de sirop d’érable au premier qui arrive à prononcer ce nom correctement)…
Le musée n’est pas très grand, mais réellement intéressant, et il nous fait l’agréable surprise de nous avoir débarrassés de la pluie à sa sortie. Après cette initiation nécessaire à l’art totémique, nous sommes enfin prêts à embrasser Vancouver sous le soleil. Celui-ci n’avait sans doute pas envie de se montrer avant que nous n’ayons rempli les formalités touristiques minimales pour bien appréhender la région. Ce ne sont pas les derniers totems que nous verrons dans le coin (loin de là), ni les premiers d’ailleurs puisque, déjà, la petite station de montagne de Jasper, avant-dernière escale du transcanadien, avait donné le ton avec un immense totem planté en face de sa gare.
"Vancouver n’a même pas besoin d’essayer" écrit un guide touristique anglophone, façon de faire comprendre que cette métropole économique détient naturellement tous les atouts pour son succès.
D’abord des quartiers diversifiés et bourrés de charme : depuis le secteur branché et commerçant de Granville Island, amarré dans la "False Creek" et accessible en "aquabus" multicolore, jusqu’à l’historique Gastown où l’affable Jack le bavard (qui ne s’appelait même pas Jack mais John, faut pas chercher à comprendre, et était un authentique et insatiable soliloqueur) fondât pratiquement la ville en 1867, en passant par le downtown proprement dit, moderne, animé et coloré, chaque quartier donne envie d’y poser ses valises quelques temps, pour prendre le pouls de la ville sous un angle différent.
Mais, au-delà de ces atmosphères, le joyau de Vancouver est indéniablement situé à l’extrémité occidentale de sa presqu’île, sous la forme d’un parc gigantesque, aussi grand que le centre ville lui-même, et aussi touffu qu’une forêt : le parc Stanley. De celui-ci, le visiteur pressé (ou le jeune marié asiatique venu se faire photographier – dixit le routard) ne retiendra que le secteur des totems multicolores (encore des totems). Pour un panorama plus complet des lieux, il ne faudrait toutefois surtout pas oublier la délicieuse promenade de sa circonférence, ses plages de sable fin, son remarquable aquarium (où nous avons le plaisir de retrouver nos chers Bélugas du Saint-Laurent), ni ses impressionnants points de vue sur la baie, les montagnes, la mer ou les îles (au choix puisque tous ces éléments se côtoient dans ce cadre extraordinaire).
Vancouver se targue également de posséder le troisième plus gros Chinatown d’Amérique du nord, après ceux de New-York et San-Francisco, et juste avant celui de Toronto.
Au fur et à mesure que nous arpentons ce secteur, exotique s’il en est, de la ville, je me rends à l’évidence que les quartiers chinois, aussi pittoresques puissent-ils paraître aux yeux du touriste de passage, n’en demeurent pas moins tous très ressemblants les uns aux autres. En fait, seules leurs "portes" d’entrée introduisent une touche d’originalité entre eux.. à part ça, ce ne sont partout que les mêmes boutiques de légumes séchés ou autres mets non identifiables dont la comestibilité intrigue, les mêmes échoppes de hi-fi bon marché, les mêmes rues perpendiculaires ornées à distances régulières des enseignes et plaques de signalisation en chinois, le tout abondamment badigeonné de rouge vif.
Je n’insinue pas que c’est laid, loin de là, je dis simplement que le Chinatown de Vancouver ressemble à celui de Toronto, qui ressemble lui-même à celui de Montréal, lequel ressemble probablement à ceux de New-York ou San-Francisco (où je ne suis encore jamais allé), et indéniablement à ceux de Londres ou Paris.. Bref, voyez un Chinatown, et vous les avez tous vus. La taille des quartiers relève quant à elle plutôt de l’anecdote, et ne suffit pas en elle-même à constituer un argument touristique sérieux.
Mais au-delà de ce constat élémentaire et probablement évident pour le lecteur de ces lignes (moi il m’a fallu pas moins de 5 Chinatowns pour en arriver à cette conclusion), ce qui me gène le plus aux entournures avec les Chinatowns d’Amérique ou d’ailleurs, ce sont les valeurs qu’ils véhiculent.
Se retrouver dans un tel quartier, pour un immigrant, cela induit une volonté de repli, de refus des références culturelles, architecturales, sociales, et même économiques, de son pays d’accueil. L’immigrant chinois qui s’installe dans un Chinatown, qui ouvre une boutique de produits chinois, libellés en chinois, et vendus, de fait, en très grosse majorité à ses clients chinois, qui ne parle que chinois à longueur de journée, et se contente de sa presse écrite ou télévisée chinoise (merci le câble ou le satellite), fait ouvertement un magistral bras d’honneur à tous les beaux principes d’intégration et d’assimilation.
Cela peut sembler formidable à certains, cette aptitude qu’ont quelques communautés à se resserrer et à se protéger autour de leurs valeurs et de leurs traditions fondatrices, mais moi, personnellement, cela me défrise.
Je serais plutôt du genre à adopter le principe : "à Rome, vis comme les Romains", et il ne me viendrait pas à l’esprit, en m’installant dans un pays étranger, de chercher à m’établir dans une "petite France" où je pourrais continuer à faire comme si de rien n’était, avec mes petites références hexagonales coincées entre baguette et camembert.
Donc, pour conclure sur ce sujet, mon message tient tout entier dans l’injonction suivante : "boycottez les Chinatowns du monde" (excepté ceux de Chine, cela va sans dire… encore que la Chine mérite le boycott pour d’autres raisons, autrement plus sérieuses), "apprenez à résister à l’exotisme enivrant des crevettes séchées"
Touriste parisien, vas faire ton tour dans les supermarchés Tang, puis ferme une bonne fois pour toutes la porte de ce communautarisme étroit !
Fin de la polémique.
Revenons à nos moutons..

Vancouver est donc une ville géniale, qui se dévoile petit à petit, et séduit un peu plus à chaque nouvelle découverte.
Au terme de deux jours de visite, nous en sommes convaincus, Vancouver est bien la ville la plus cool du Canada.
Elle relègue au passage notre ex-chouchou Toronto au second rang. Malgré tous ses attraits, la capitale économique de l’Ontario ne parvient pas à rivaliser avec cette concurrente des Rocheuses, dotée en apparence de toutes les qualités imaginables….
En apparence, cependant, comme nous ne tardons pas à le découvrir.
En ramenant à la boutique de vélo le tandem loué pour la promenade dans le parc Stanley, nous tombons sur un préposé québécois d’origine montréalaise. Le dialogue en français s’établit assez vite, et il accepte de bonne grâce de se prêter au jeu des qualités et des défauts de Vancouver.
Et là, pour notre plus grand dépit, il jette deux gros pavés dans la mare.
D’abord, Vancouver "est une ville sans culture" !
L’offre culturelle est très pauvre comparée au Québec, et à la réflexion, cela peut presque paraître compréhensible, vu l’âge encore très jeune de la ville. Peu d’histoire, peu de patrimoine, peu de musées, et pas tant de spectacles que ça, donc.
En fait, nous prenons conscience en l’écoutant que Vancouver, à l’instar de ses voisines de la côte ouest américaine, est une ville résolument tournée vers le plein air, le sport et le loisir, et que si cet agenda peut satisfaire bon nombre de citadins en mal de nature, il a fini par lasser notre Montréalais.
Mais le coup de grâce reste encore à venir.
À part l’offre culturelle assez chiche, "Vancouver est une ville super si vous n’avez pas de problèmes avec la pluie".
Euuuuuhhhhh, c’est à dire que… Comment dire…? La pluie, on aime pas ça du tout, et on trouve qu’il y en a déjà bien trop pour notre goût au printemps au Québec. Ce qui nous plaît justement au Canada, ce sont les hivers bien secs et bien froids, qui déversent des tombereaux de neige en lieu et place des tonnes de pluie habituelles…
"Alors vous êtes mieux de rester au Québec (sic) car ici, il ne neige jamais. Par contre, il pleut 6 mois sur 12 !"
Bein mince ! Alors ça, ça craint sévère. D’un coup, Vancouver perd une gtande partie de son charme.
Et notre vision de la ville gagne en objectivité, prenant quelques distances avec l’illusion de carte postale idéale.
Bon, Vancouver restera peut-être première de notre petit palmarès perso des villes canadiennes, mais elle devra dans ce cas partager le podium avec Toronto, au climat plus continental.

Dans les environs de Vancouver, il y a également un site formidable, qui n’est pas inconnu des amateurs de séries télés (il me semble me souvenir qu’un épisode de la série "Sliders", entre autres, s’en servait régulièrement comme décor). Il s’agit du canyon de Capilano, dont le pont suspendu entre des parois abruptes de pins Douglas démesurés, fournit de vertigineuses sensations. Pour renforcer l’attrait d’un site naturel déjà tout à fait exceptionnel, un parcours dans les arbres a été développé, qui donne à ressentir, à une trentaine de mètres de hauteur, le bonheur de vivre dans un village Ewok sur la planète Endor !
Pour une fois, nous sommes en désaccord avec notre précieux routard qui nous avait mis en garde contre le gimmick trop touristique : le site de Capilano vaut vraiment le coup. C’est sublime et indubitablement l’un des sites naturels les plus impressionnants que nous avons vus en un an au Canada. À ne louper sous aucun prétexte lors d’un passage en Colombie-Britannique, sauf à ne pas aimer la nature ou les sensations fortes (à se demander pourquoi on viendrait au Canada dans ce cas là). Et c’est largement plus original qu’un Chinatown :-)

Puis nous prenons nos distance avec Vancouver. Totonto a son Ottawa, Montréal a son Québec, il fallait donc bien que Vancouver, dynamique pôle économique, ait à son tour sa modeste et confortable capitale administrative. Celle-ci est installée à l’extrémité méridionale de l’île du même nom, en hommage au navigateur anglais Georges Vancouver (tous les explorateurs anglais de cette époque s’appelaient Georges, à ce qu’il semble) qui le premier sillonnât (officiellement) les eaux du coin, à la fin du 18ième siècle. Elle s’appelle modestement Victoria, en hommage probable à quelque obscur personnage de l’histoire politique britannique du 19ième siècle…
Deux ans après avoir été intégrée à la Colombie-Britannique, elle en devenait la capitale, ce qui en dit long sur son dynamisme et son ambition d’antan…
Et seulement d’antan, car aujourd’hui, Victoria ne semble plus avoir d’autre ambition de que faire tourner, fort sympathiquement au demeurant, son petit commerce à base de tourisme et d’administration provinciale.
On y vient donc pour admirer son parlement (magnifique, visite très bien faite.. le bâtiment m’a plus plu que celui d’Ottawa… et s’agissant de Québec… joker), pour visiter son musée de la Colombie-Britannique (pas mal du tout.. il lorgne clairement, en moins bien toutefois, sur les plates bandes du musée des civilisations de Gatineau), pour voir les Orques en liberté (pas eu le temps pendant l’escapade, seul regret de toute cette belle histoire), pour arpenter son Chinatown (mais pas nous : récentes résolutions de boycott obligent :-)), pour prendre le thé dans l’un des salons de l’hôtel Fairmount "The Empress" (à 50 $ - 30 euros - le service, on a l’assurance de demeurer entre gens chics !), ou pour déguster ses célèbres "Victoria Creams", chocolats maisons emballés à la main d’un artisan local, pêché mignon de la reine d’Angleterre et de la maison blanche. Rien que ça.
On l’aura compris, Victoria a creusé son fond de commerce dans le terreau fertile du tourisme aisé, plutôt troisième âge, sauce délicieusement british. Il paraît que les voisins américains adorent ce parfum d’Angleterre, avec ses rites ancestraux et son mode de vie "so typical". J'espère pour eux qu'ils adorent aussi payer leur tasse de thé au prix du baril de pétrole...
Le seul accessoire incongru dans tout ce décorum victorien réside dans les totems omniprésents (toujours des totems), en particulier celui qui est planté devant le parlement, dans un choc des styles et des cultures assumé. Le raccourci des civilisations fait sourire… un peu comme s’il y avait des tipis permanents dans la cour de Buckingham Palace à Londres ou bien des igloos dans les jardins de l’Élysée.
Mais que l’on ne s’y trompe pas : Victoria reste, même pour des jeunes normalement constitués et modestement pécuniarisés, une destination très agréable. Simplement, à la différence de Vancouver, on fait rapidement le tour des surprises.
La cerise sur le pudding, c’est plutôt le délicieux trajet que suit le ferry pour se rendre de Vancouver à Victoria, au milieu d’une multitude d’îles plus ou moins sauvages. Les castors nagent tout autour du bateau pour se rendre d’une île à l’autre, et chaque crique dépassée est une invitation à l’évasion.

De retour à Québec, nous décidons donc de comparer les attraits de la belle province avec ceux de la Colombie-Britannique. Au pont suspendu de Capilano répond ici le canyon de Sainte-Anne, à quelques kilomètres de la Capitale-Nationale. Résultat des courses : le Québec tient son rang. Bien sûr, il n’y a pas ici de pins Douglas qui s’élèvent sur 70 mètres de hauteur, et les ponts suspendus (au nombre de 3) inspirent davantage une paisible balade qu’un épisode d’Indiana Jones, à la différence de leur impressionnant concurrent de Capilano. Mais le Québec agrémente le décor de ce qu’il sait faire de mieux en matière de nature sauvage : des chutes d’eau spectaculaires. Et ce seul détail suffit à conférer aux lieux ce charme si caractéristique sous lequel nous sommes tombés depuis 9 mois.
Bémol majeur toutefois, auquel sur notre nuage nous ne pensions plus, malgré les avertissements répétés à longueur d’année par nos compatriotes expatriés : juin marque le début de l’attaque des bibittes et autres maringouins !
Les bibittes… Le fléau estival du Québec !
À ceux qui s’interrogent devant ce terme ambigu, il peut être utile de préciser que derrière sa subtilité cocasse, il désigne toutes les variétés d’insectes qui infestent les sols et les sous-bois de la région. Le fer de lance de l’offensive bibitte, c’est bien sur le moustique de combat, celui qui s’attaque à la peau du promeneur comme le pitbull saisit la gorge du taureau, j’ai nommé le maringouin !
Ce ne sont pas un ou deux moustiques qui entreprennent de compromettre notre excursion dans le bois environnant le canyon de Sainte-Anne, mais des nuages entiers.
Le phénomène prend une telle ampleur à sa période de pointe, qu’il paraît que dans les pourvoiries, l’été, il n’est plus possible de pratiquer la pêche autrement que revêtu d’un harnachement d’apiculteur. Je sens que le mythe du Québec sauvage perd un peu de sa superbe devant cette plate et rebutante réalité…

Pour faire l’expérience des bibittes à nos côtés, nous recevons mi-juin un renfort de choc en la robuste personne du H, 15ème et dernier aventurier venu de France à nous payer une petite visite en cette contrée lointaine.
Pour lui, la nature québécoise se met en quatre : une biche traverse la route devant notre voiture dans Charlevoix, des bélugas et même un rorqual le saluent du bout de l'aileron dans l’estuaire du Saguenay, seul le mythique orignal, que j’attends toujours de croiser au détour d’un virage, ne daigne pas honorer de son illustre vision ce visiteur blasé…
Blasé car, à l’en croire, le Charlevoix et le fjord du Saguenay, jusqu’au démarrage de la Côte Nord, à Tadoussac, ressemblent comme deux gouttes d’eau au Limousin, avec des petites touches d’Auvergne… :-(
Les français de ces régions seront donc enchantés d’apprendre que rien ne leur sert de traverser l’atlantique lorsqu’ils ont déjà à portée de sabots des paysages canadiens…! On permettra aux non-limougeauds et/ou non-auvergnats de demeurer sceptiques. Mes lointains passages dans ces régions de France ne m’ont pas laissé un souvenir aussi impérissable, et je m’efforcerai à mon retour d’aller y trouver un fleuve susceptible de rivaliser avec le Saint-Laurent, ou un pont couvert digne de celui du billet de 1000 dollars.
Mais j’avoue que, Limoges étant désormais pour moi, comme probablement pour plusieurs générations de troufions du sud-ouest, synonyme de "3 jours" militaires, préludes à la grande corvée, je ne peux guère être très objectif dans ma comparaison…
Au moins, le H a l’honnêteté de ne pas réduire le site de la Nouvelle-France de Saint Félix d’Otis (pourtant artificiel, car issu de décors de cinéma, sans aucune légitimité historique) à un ersatz au rabais de l’exotique village de l’émail de Limoges, et il concède - à regret - que le Limousin tire d’avantage de gloire de ses vaches et ses porcelaines que de ses indiens Montagnais et ses caribous.
Tout cela se règle finalement au cours d’une sortie en kayak dans les eaux glaciales du fjord du Saguenay, à hauteur de l’Anse-Saint-Jean, où nous éclaboussons les idées du H à grands coups de pagaies sous les injonctions enthousiastes de notre petite Velma.
Avant de prendre la route du retour vers la vieille France, ce cher visiteur se soumet quand même à une double séance simultanée d’initiation aux brasseries canadiennes d’une part (Unibroue, Molson, Boréale) et aux tounes québécoises d’autre part, sous les Voûtes de Napoléon, sises sur la Grande-Allée de Québec.
Il y aura au moins appris un refrain, à sa portée :
"Et 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7....? QUEBEC !" :-)

Pendant ce temps, sur Québec justement, il pleut comme vache qui pisse. Si je n’avais jamais vu autant de neige que durant cet hiver québécois, je regrette que le constat vaille aussi pour la pluie de ce vilain printemps. Les belles journées entre début avril et fin juin doivent pouvoir se compter sur les doigts des deux mains… et encore, j’ai un doute pour la seconde main !
Ce climat chagrin n’empêche pas les québécois dans leur ensemble de classer Québec au premier rang des villes où ils aimeraient vivre, et de se déclarer à 54 % (contre 3 % seulement pour la Capitale-Nationale) opposés à l’idée de s’établir à Montréal, classée bonne dernière. Parmi les motifs allégués pour disqualifier la métropole québécoise, ses taux de pauvreté et de délinquance (deux dimensions sociales qui vont généralement de pair) semblent les plus dissuasifs. C’est vrai qu’à Québec, faute d’un réseau de métro ou d’une ville souterraine chauffés, la mendicité de rue n’existe pas pendant la plus grande partie de l’année. Faire la manche par –35 degrés Celsius ne relève pas d’un très bon calcul (si tant est que ce genre de chose se calcule). Et question sécurité, je me souviens d’avoir lu dans un journal la chronique du premier meurtre de l’année 2005, perpétré seulement aux alentours du mois d’avril…
Donc Québec Capitale-Nationale, ville du Québec où il serait le plus agréable de vivre ?
Sans doute est-ce aussi valable que tous ces classements français qui placent régulièrement des villes comme Nantes ou Montpellier en tête des municipalités les plus attirantes.
Personnellement, j’ai toujours (jusqu’à présent) préféré la vie à Paris, en dépit des fortes contraintes qui pèsent sur la capitale française. Personne ne s’étonnera en conséquence qu’avec de telles références, et en dépit de sa misère ou son insécurité, la ville de Montréal m’ait fait quand même plutôt bonne impression, et regretter, ponctuellement, de n’avoir pas la chance d’y vivre également une année pleine d’expatriation.

Entre Québec et Montréal précisément, le long de l’autoroute 20, il y a un autre site qui nous faisait de l’œil depuis l’automne précédent : le village québécois d’antan de Drummondville.
Agréable agrégat de véritables maisons traditionnelles du 19ème siècle québécois, peuplé d’une multitude de figurants en costume éparpillés dans chaque bâtiment ou dans chaque atelier, il met en scène la vie et le travail des canadiens français entre 1850 et 1910, dans un bel ensemble bucolique qui fleure bon (hélas) le parc Disney.
Avec le retour au firmament de l’azur et de l’or de saison (fin juin, quand même…), on y passe une très agréable journée, au rythme du passé.
Mais ni le site de la Nouvelle France, sans consistance historique véritable, ni ce village québécois d’antan, trop propre et trop artificiel, ne parviennent à égaler, dans mon petit panthéon personnel, la puissance évocatrice du village "fantôme" de Val-Jalbert (cf. mois de mai).

Fin juin, au Québec, on célèbre LE Québec, à l’occasion des festivités de la Sain-Jean-Baptiste (24 juin).
On entendait parler de ce grand raout depuis notre arrivée dans la province, et à force de superlatifs, c’est vrai qu’on en attendait un peu monts et merveilles.
Dans les faits, ce n’est finalement rien de plus (et rien de moins) qu’un bon gros concert généraliste (donc frustrant, car on attend longtemps un artiste particulier - dans mon cas Robert Charlebois, passé en dernier - qui ne livre qu’une ou deux chansons avant de tirer sa révérence) et gratuit donné sur les plaines d’Abraham, ponctué par un modeste feu d’artifice.
Tous les discours de l’animateur (le Laurent Boyer noir local) ont été préparés à l’avance et défilent sur un prompteur même pas discret. Jusqu’à la durée des applaudissements et les pseudo élans d’enthousiasme qui ont été planifiés en amont (voir les "je vous aime, vous avez été ce soir un public incroyable" défiler sur un écran en même temps que l’animateur les lance à la foule dans son micro laisse un petit goût désenchanté et amer..).
La cérémonie est l’occasion de se gargariser de chiffres délirants : ainsi nous serions 260.000 personnes simultanément présentes sur les plaines, soit plus de la moitié de l’agglomération du grand Québec, représentée par une seule classe d’âge (les 18-35 ans).. personnellement, j’ai de gros, gros doutes…
Enfin, comme je ne voudrais surtout pas jouer les pisse-froid, je préfère laisser les Québécois s’auto-célébrer à travers ces manifestations surfaites.
Du coup, comme on nous avait également dit que la fête du Canada, célébrée une semaine plus tard jour pour jour (1er juillet) n’arrivait pas à la cheville de la Saint-Jean-Baptiste, nous désertons Québec pour la circonstance, et prenons la direction des provinces maritimes de l’est canadien, qui nous invitent depuis que nous avons apprivoisé l’ouest sauvage.

Il faut dire que les centres d’intérêt n’y manquent pas. Aux sites acadiens du Nouveau-Brunswick (Caraquet, Bouctouche) répondent en Nouvelle-Écosse les points d’entrée historiques des explorateurs français sur le continent nord-américain (Louisbourg, Port Royal), ainsi que le gigantesque pont de la confédération, dernier avatar retardataire de l’union volontariste d’un pays culturellement hétérogène.
Ce périple est l’occasion de mettre à l’épreuve la prévision dissuasive d’une collègue prévenante qui, mise au fait des mes projets touristiques "orientaux" m’avait opposé le verdict suivant : "là-bas, tu ne trouveras rien d’autre que des anglophones parlant mal français, et des francophones parlant mal anglais !"
Pourtant le Nouveau-Brunswick est la seule province du Canada officiellement bilingue… ce particularisme mérite tout de même un peu de considération.

Avant de soumettre cet accent particulier à l’épreuve du feu, nous explorons toutefois la Gaspésie, opportunément située sur la route (plus ou moins) et qui possède en elle-même bien des attraits. À Métis, nous découvrons ses fameux jardins à l’anglaise constitués au début du siècle par une bourgeoise américaine : la prouesse consistant à faire pousser dans le climat québécois des fleurs exotiques telles que le pavot bleu du Tibet.
Dans un étang du jardin, nous observons le manège d’un castor, affairé à acheminer sur l’eau les éléments de ses pittoresques édifications. Nous sommes loin de nous douter que cette première rencontre avec la faune en appellera d’autres, tellement plus impressionnantes.
Plus au nord, nous arpentons ses parcs nationaux. Dans celui dit de la Gaspésie, organisé autour des monts Chic-Chocs (!!!), nous surveillons attentivement le "lac Paul", où sont supposés, selon nos guides, venir s’abreuver les orignaux en fin de journée… Mais malgré les températures caniculaires de ce début d'été, aucun orignal ne doit être assoiffé ce soir, car nous en revenons bredouilles… peut-être que les cris de notre petite puce et les cailloux jetés dans le lacs avec forces ricochets ont eu aussi un effet dissuasif sur ces trouillards ?
Pourtant, l’appareil photo était prêt, le caméscope aussi, mais ils n’ont servi qu’à filmer nos trempettes prudentes.
Le temps de ranger tout le matos et nous prolongeons la balade jusqu’au "lac aux américains". En chemin, Corinne me console en me répétant que nous verrons enfin des orignaux au moment où nous nous y attendrons le moins, et que ce lac Paul ne constituait certainement pas, en dépit de ce que je veux en penser, notre plus belle chance de les observer dans la nature..
Et paf ! À peine a-t-elle terminé cette belle leçon d’optimisme qu’un orignal sort de la forêt presque sous nos roues, s’affole un peu en nous découvrant aussi proches, cherche à se glisser de l’autre côté de la piste, mais ne trouvant pas d’issue, remonte la route devant nous sur une vingtaine de mètres avant de disparaître enfin de l’autre côté de la forêt… L’apparition a été si subite, si inattendue, et si proche (moins d'une dizaine de mètres) que nous en restons tous bouche bée, l’appareil photo bien calé au fond du sac…
La balade suivante, qui nous conduit au seul cirque glaciaire du Québec se fait comme dans un rêve, tous les sens aux aguets... Dans l’espoir de croiser quelque autre orignal (ou le même que précédemment, nous ne sommes pas difficiles) nous progressons silencieusement, en scrutant la pénombre crépusculaire… nous y observons moults grenouilles, lapins et autres rongeurs modestes, mais point d’orignal en goguette..
Pas grave, cette rencontre sublime suffit à mon bonheur, et nous rembourse amplement des 7 dollars déposés dans l’urne, selon un système d’auto-déclaration et d’auto-perception des droits d’entrée du parc, dont l’optimisme et la naïveté nous avaient laissé longtemps aussi songeurs que sceptiques.
Mais 7 $ pour un orignal, cela semblait encore trop cher au dieu des voyageurs, car sur la route de l’hôtel, qui nous apparaissait comme un raccourci sur le plan, mais s’est avéré être une piste magistralement défoncée dans la réalité ("chemin endommagé – circulation à vos risques" précisait le panneau dans un bel euphémisme), nous nous retrouvons subitement juste derrière un orignal au trot, alarmé par la lumière de nos phares. Il met quelques instants (minutes ?) à reprendre ses esprits et à quitter le chemin après nous avoir servi de guide inédit sur plusieurs centaines de mètres.
Cette fois-ci, l’appareil photo était à portée de main, prêt à immortaliser l’événement. Mais dans les ténèbres, avec le flash qui s’écrase dans le pare-brise, la photo tourne au fiasco. Pas bien grave .
Deuxième orignal : deuxième rencontre magique.
Après de telles rencontres, le parc Forillon, planté pour sa part à la pointe septentrionale de la Gaspésie, joue petit bras. Nous n’y croisons aucun orignal. À peine quelques porc-épics, un renard, et des lapins…
Mais la vue du haut du belvédère en bois, dressé au sommet du mont Saint-Alban, qui embrasse le cap Bon-Ami et porte aussi loin que Percé, récompense largement les efforts de l’éprouvante ballade avec un enfant sur les épaules.
Percé justement, nous fait l’honneur de son célébrissime rocher, immuable bien que condamné à s’écrouler à quelque lointaine échéance, vu le rythme annuel de son érosion, de son île Bonaventure, où nous retrouvons quelques maisons fantômes, et de ses colonies de phoques et de fous de bassan.
Après le phoque déjà aperçu la veille au pied du plus haut phare du Canada (seulement 34 mètres.. on ne rit pas), sis à Cap-des-Rosiers, nous commençons à jouer les blasés devant le spectacle de ces clowns des mers, et nous sommes plus surpris par la technique de pêche des fous de bassan, qui rasent l’eau pendant quelques secondes avant de plonger à la recherche de leur proie. Les curieux n’auront pas besoin de traverser l’atlantique pour partager ce surprenant spectacle, puisqu’une colonie de ces volatiles peuplerait également les Côtes-d'Armor.
La fin de la côte gaspésienne nous conduit dans la baie des chaleurs, où une baignade improvisée, sous la canicule, nous donne à méditer sur le décalage entre le nom des lieux et la réalité des températures en vigueur dans l’eau…

De l’autre côté de ladite baie, nous pénétrons au Nouveau-Brunswick, en plein cœur de la légendaire Acadie !
Accueillante, celle-ci nous sert d'emblée sur un plateau un bien bel orignal, au bord de la route, qui nous regarde passer d’un air placide. Comme de bien entendu, l’appareil photo n’est pas accessible. Il nous faut donc faire halte toute, puis machine arrière, ce que voyant, le bougre d’orignal juge suffisamment curieux pour battre prudemment en retraite dans le sous-bois.
Pas découragé pour deux sous, je m’élance à sa suite, appareil dans la main, sous les recommandations prudentes de ma petite famille (ça charge les humains, un orignal ?). Mais le terrain est très touffu, et pendant que je tente de comprendre comment une créature aussi grande parvient à se glisser aussi facilement dans des espaces aussi inextricables, les escadrilles de bibittes, probablement chargées de couvrir la retraite dudit, s’abattent sur moi en vrombissant.
C’en est trop pour mon ardeur, et je bas précipitamment en retraite dans la voiture, toutes fenêtres et aérations hermétiquement closes, au risque de mourir de chaud, ou étouffé.
L’orignal numéro 3 n'était pas moins magnifique que ses deux prédécesseurs, et nous commençons à nous dire que nous sommes bénis… Pourvu toutefois que, dans ce florilège de rencontres, nous n’en cartonnions pas un au détour d’un virage…
Ce qui nous a conduit en Acadie, toutefois, ce ne sont pas les orignaux, mais bien tous les acadiens et toutes les acadiennes, qui animent, l’été durant le village historique acadien de Caraquet, capitale de l’Acadie !
Après le village québécois d’antan de Drummondville, le spectacle est un peu redondant, mais en nettement mieux. Étrangement, il se dégage de ce village, bâti selon le même principe (et pour cause, puisqu’il fut le premier du genre et précédant de longue date celui du Québec), un troublant parfum d’authenticité. Est-ce du aux hordes d’enfants costumés qui, vivant à la semaine dans le village, se déplacent de maison en maison à longueur de journée, est-ce du aux mets traditionnels mitonnés par chaque paysanne dans chaque ferme, qui accueille pour le repas du midi tous les paysans et artisans des bâtisses alentours, est-ce du à l’absence totale de repères plus contemporains (pas de boutiques de souvenirs, ni le moindre vendeur de glaces ou de beignets, dans l’enceinte du village), est-ce du au fait que ce sont les mêmes figurants qui jouaient les enfants il y a plus de 25 ans de cela, qui jouent aujourd’hui les anciens du village, avec ce cachet que seuls confèrent l’expérience et le passage des ans ?
Au fur et à mesure que l’on évolue dans cet univers, les références se brouillent, et l’on démêle de moins en moins le vrai du faux. Impossible de dire qui dort sur place, la nuit, lorsque le site est fermé, et qui tombe seulement le costume pour rentrer chez lui dès le départ des touristes.
Bref, s’il vous faut ne voir qu’un seul village d’antan, entre celui de Drummondville et celui de Caraquet, optez sans état d’âme pour l’Acadie ! Vous pouvez en revanche éviter sans regret le plat acadien traditionnel, baptisé "poutine râpée". Même s'il n'a rien en commun avec la poutine contemporaine québécoise, décrite dans une entrée précédente, il s'avère tout aussi dégeulasse. Je n'en dis pas plus : les téméraires sourds aux bons conseils découvriront cela par eux-mêmes.
L’accent local constitue encore un nouveau dépaysement, même pour des oreilles habituées au Québécois. Entre les "j’avions fait ceci" et les "mes parents étions venus ici", les tournures de vieux français, naturelles dans la bouche des acadiens, contribuent largement à l’exotisme.

Au sud du Nouveau-Brunswick, sorti du territoire acadien, se trouve la baie de Fundy, réputée pour abriter les plus hautes marées du monde (jusqu’à 14 mètres d’amplitude verticale). Là, nous nous baladons entre les rochers en "pots de fleurs" du cap Hopewell, hallucinant paysage évolutif au gré de l’érosion rapide produite par lesdites marées. Une bonne image valant souvent mieux qu’un long discours (j’aimerais pouvoir en dire autant des orignaux…), je renvoie le lecteur à la galerie de photos (colonne de droite) pour se faire une meilleure idée de cet étrange panorama.
Au Nouveau-Brunswick, enfin, nous nous attardons quelques instants devant le plus grand saumon du monde, factice, érigé à Campbelton, ainsi que devant le plus grand homard du monde (factice également), exposé à Shédiac. Intérêt limité pour des attractions très mineures, qui ont pour principal mérite de divertir notre puce.
Les noms des communes acadiennes égayent notre itinéraire : Caraquet, Shédiac. Bouctouche, Tracadie, Tabusintac, Néguac, Paspébiac (en Gaspésie)… Toutes ces terminaisons en "ac" évoquent le sud-ouest de la France, dans un improbable rapprochement sonore.
Repus de villages historiques d’antan, nous boudons le pays de la Sagouine, ainsi que le village anglophone loyaliste (pour faire la nique aux acadiens) de Kings Landing… on a vu franchement assez de forges, de moulins et d’écoles du 19ème siècle en quelques jours pour se dispenser de ces deux arrêts supplémentaires.
D’autant que beaucoup de choses nous attendent encore, plus à l’est.

Le pont de la Confédération, d’abord, reliant le Nouveau-Brunswick à l’Île du Prince Édouard, long de 13 km, sur lequel nous nous engageons sous un terrible orage. Peut-être gronde-t-il parce qu'il a deviné qu’il n’entrait pas dans nos intentions d’acquitter les 40 $ (environ 30 euros) facturés au touriste lors du retour vers le continent (on appréciera à sa juste valeur la rouerie du stratagème). En tout cas, si l’on peut confirmer la longueur de la chose, on a moins goûté de ce fait la qualité de son paysage maritime.
Sur une île qui prend ses visiteurs pour des vaches à lait, nous ne nous attardons guère. Le temps de nous extasier sur la couleur de la terre, rouge brique comme les déserts de l’Arizona filmés par John Ford en technicolor, et un coup de ferry nous éloigne de cette 8ème province traversée (après le Québec, l’Ontario, le Manitoba, le Saskatchewan, l’Alberta, la Colombie-Britannique, et le Nouveau-Brunswick) pour nous conduire vers la neuvième, et probablement dernière (sur 10, joli score tout de même) : la Nouvelle-Écosse.
Pas folle, l’Île du Prince Édouard a pris bien soin toutefois de nous assommer au départ du ferry, avec un tarif de traversée assez prohibitif, histoire de compenser le manque à gagner sur le pont de la Confédération… Quelle arnaque !

En Nouvelle-Écosse, nous sommes accueillis par un climat typiquement écossais. Lorsque la brume ne recouvre pas la campagne, il se met à pleuvoir. Cela me rappelle des vacances en Écosse, lors d’un lointain mois d’août, où les températures n’avaient pas réussi à dépasser les 16 degrés Celsius.
Donc, l’accointance entre les deux terres dépasse le strict domaine de l’homonymie, pour s’étendre aux considérations climatiques. Mais il en faut plus pour nous rafraîchir. D’autant que, derrières ces atours grisâtres, la Nouvelle-Écosse a des mets de choix à offrir.
D’abord le site historique reconstitué le plus bluffant qu’il m’ait été donné de visiter de toute ma vie (encore courte, je le concède). J’avais entendu beaucoup de bien de Louisbourg, mais la réalité dépasse la dithyrambe.
Cette forteresse française du 18ème siècle, prise par les anglais en 1758 (un an avant Québec) avant d’être détruite, a été rebâtie avec un souci du détail et de l’authenticité qui frise l’aliénation.
Pour le coup, c’est vraiment notre voyage dans le temps numéro 4 (après ceux du mois de mai), et ce site patrimonial dépasse facilement de la tête, des épaules, et même du bassin, les villages paysans suscités (ainsi, je l'avoue, que mon village fantôme fétiche).
Impossible de rentrer dans le détail, tant le jusqu’au-boutisme de la reconstitution épate. Louisbourg, ça ne se raconte pas, ça se vit. C’est clairement mon coup de cœur de cette fin de printemps.
Situé au bout du monde, à l’extrémité côtière d’une route elle-même excentrée de la province la plus orientale du Canada, se trouve donc LE site historique du Canada à ne pas manquer. À bon entendeur…
Pour se remettre de ce choc touristique, nous nous prélassons le long de la Cabot trail, route qui serpente à flanc de montagne, au nord du Cap Breton, entre fjords et océan. Les paysages sont splendides, certes, d’autant que c’est à peu près le seul moment où nous apercevrons le soleil, et son chatoyant coucher, durant notre séjour en Nouvelle-Écosse, mais ce ne sont clairement pas les souvenirs que je conserverai de ces lieux. Ceux que j’emporte avec moi, ce sont ceux de ces rencontres exceptionnelles, avec de nouveaux orignaux (bravo à ceux qui l’auraient parié - c'était facile) et qui dépassent encore, si cela était possible, les trois précédentes.
C’est avant tout la harde d’orignaux, toutes générations confondues, aperçue depuis la route, puis longuement observée, à une faible distance pendant des dizaines de minutes miraculeuses. Entre les orignaux juvéniles, aux tailles de poneys, et les vénérables adultes, aux bois gigantesques, tout le panel de cet animal mythique s’est déployé là, sous nos yeux incrédules.
D’abord inquiets de nous voir si curieux, les plus jeunes ont pris des distances raisonnables, en se réfugiant dans les bois alentours. Mais les mâles âgés, sûrs de leur force, sont restés d’avantage impassible, guettant les intentions, et peut-être les accessoires, de ces bipèdes hardis.
Face à une telle aubaine, j’ai bien sûr sorti l’appareil photo de circonstance. Le temps de régler la mire avec deux ou trois clichés foireux, et… patatras, ma batterie me laisse tomber ! Voilà ce qu’il en coûte de shooter à tort et à travers dans la forteresse de Louisbourg. On a plus de jus pour les rencontres fortuites. Étant un homme de ressources, je m’empare du caméscope, que je me félicite d’avoir emmené, pour la première fois, dans l’un de nos voyages. Le temps de filmer les orignaux les plus proches, et de m’empêtrer dans les branchages de ce terrain marécageux (mais comment font ces bêtes ?), et patatras, la cassette vidéo expire… bien sûr, je n’ai pas amené de cassette de rechange :-(
Une poignée de secondes d’atermoiements plus tard, je prends la décision cornélienne d’effacer quelques images de ma fille et de sa mère en train de s’ébattre dans la piscine de l’immeuble québécois (spectacle réjouissant mais au demeurant moins rare que celui de familles d’orignaux en liberté) pour libérer un peu de précieuse bande. Et enfin, je couche pour la postérité sur pellicule cette rencontre si typiquement canadienne, qui m’obsède depuis tant de mois (le H doit encore s’en souvenir).
C’est même nous qui finissons par rebrousser chemin, laissant nos hôtes continuer à mener leur tranquille existence. Tout le temps qu’a duré ce contact, à 2 ou 3 dizaines de mètres maximum, je me suis interrogé sur les mesures d’urgence à prendre en cas de charge intempestive orientée vers nos personnes. Mais non, les orignaux ne sont pas agressifs (pas ceux là du moins, malgré la présence de leurs petits). Soit ils fuient, soit ils vous laissent approcher jusqu’à la distance qu’ils jugent respectable. Je ne vois pas bien, dans ces conditions là, où peut être le mérite du chasseur qui rapporte un tel trophée. Autant tirer sur des poules…
Tandis que la nuit tombe, et que nous nous réjouissons en cœur de cette vision, je lance un avertissement, en forme de boutade, à Corinne qui a pris le volant : "Méfie-toi. Vu la quantité d’orignaux qu’il a l’air d’y avoir dans le coin, ce serait ballot de s’en "pogner" un dans la carrosserie".
J’ai à peine fini ma phrase que Corinne me donne un coup de coude : là, à 3 mètres de la voiture, au milieu de la route qui monte, sa silhouette se découpant merveilleusement devant le soleil couchant, un gigantesque orignal nous présente son plus beau profil.
Je n’ai plus aucun moyen de fixer l’image sur quelque support que ce soit. Et de toute façon l’intéressé trop modeste ne garde pas la pose bien longtemps. Mais cette dernière (hélas, car on ne s’en lasse pas) rencontre avec l’animal, aussi brève que la précédente avait été longue, restera longtemps imprimée dans mon cerveau.
Après ça, la Cabot trail, oui, oui, c’est très joli, tout ça, tout ça, mais comment dire… j’ai un peu l’esprit ailleurs, en pleine forêt, avec ces beaux mammifères qui sont enfin sorti de leur réserve.

Nous quittons le Cap Breton pour Halifax, LA grande ville de la Nouvelle-Écosse, où nous renouons avec notre ami le brouillard. Un petit tour dans la citadelle, gratuite en cette fête du Canada (et drainant subséquemment des foules abondantes), et sur le port, puis nous allons nous rafraîchir les idées à Peggy’s Cove. Mais la brume, omniprésente sur cette côte, ne nous permet pas de profiter pleinement des deux sites. Nous achevons donc nos aventures maritimes à Port-Royal, lieu historique de la première implantation durable des colons français, emmenés par un certain Samuel de Champlain, au Canada. Bref, nous terminons notre circuit à l’endroit exact où tout à commencé pour ce vaste pays, en 1604 (4 ans avant la fondation de Québec).
Dans un lieu aussi hautement symbolique, nous pouvions nous attendre, en ce jour de fête nationale, à des manifestations un tantinet exceptionnelles. Que nenni, mon brave. Ici, tout le monde s’en fout. Pas l’ombre d’une festivité, pas le moindre petit feu d’arti-fesse… que dalle !
Seule la gratuité du site, décrétée la veille en l’honneur du Canada, a réussi à attirer la petite foule (pourtant, à 4$ l’accès au site – en gros 2,5 euros - il faut être assez mesquin pour attendre ce jour pour visiter). Lorsque nous nous y rendons le lendemain matin, nous nous disputons les lieux avec 4 malheureux touristes, et le Canada moderne, celui flanqué de son drapeau rouge à feuille d’érable, brille remarquablement par son absence.
Peu importe. Le site se suffit à lui-même. Et s’il n’avait tenu qu’à moi, je me serais bien passé également des 4 matinaux de trop. Dans ces lieux, donc, remarquablement reconstitués eux aussi (bien obligé, vu que comme à Louisbourg, les sympathiques anglais n’ont eu de cesse de vouloir réduire en cendres ou en ruines chaque lieu fondé par les français sur ce continent), Samuel de Champlain, charentais originaire de la merveilleuse Brouage, futur fondateur de la ville de Québec, mandaté par le Sieur De Mons, bâtit la première habitation "civilisée" du continent nord américain. Une cinquantaine d’homme travaillèrent là, avant que la perfide Albion n’y foute le feu. Mais à ce moment la, en 1613, Champlain était déjà loin, plus à l’ouest, dans la vallée du Saint-Laurent, s’extasiant sur les vertus défensives naturelles du nouveau site choisi pour implanter un comptoir royal de traite de fourrure.

Sur le chemin du retour, nous guettons l'orignal. Mais il ne se montrera plus !
Nous avons toutefois le sentiment d'avoir percé le mystère de ses apparitions, et comme nous avons un bon fond, nous le livrons dans ces lignes : pour augmenter de façon exponentielle ses chances de croiser des orignaux, rien ne vaut d'aller se promener en voiture, sur les routes et chemins des parcs nationaux, à la noirceur... euh, pardon, au crépuscule, soit, en cette période, entre 20h30 et 22h...
De rien, ça m'a fait plaisir !

A bord du ferry qui nous ramène au Nouveau-Brunswick à hauteur de Saint-John, convaincus de notre baraka, nous attendons encore d'apercevoir des baleines, comme promis par la documentation de bord. Mais la brume qui nous colle au train sur cette Nouvelle-Ecosse coupe court tous nos espoirs.
Pourtant, de retour au Québec, à une heure avancée de la soirée, une biche file comme l'éclair devant nos phares. Heureusement qu'elle était rapide la bougresse, car autrement un choc à 130 km/heure aurait été très dommageable, pour elle comme pour nous (je ne parle même pas du PT Cuiser).

Maintenant que nous avons vu le Canada d’est en ouest, et presque du nord au sud (nous n’irons pas, faute de temps, dans les territoires du nord – Nunavut, Yukon et cie), nous pouvons nous faire une représentation un peu plus pertinente de ce gigantesque pays, de son histoire, de sa géographie, de ses hommes et de ses femmes, de ses villes et ses campagnes, de son climat et bien sur de sa faune.
La grande question maintenant, c’est : que va-t-on bien pouvoir faire du dernier mois que nous allons y passer ?
Heureusement, en cherchant bien, on trouve encore quelques petites choses à voir :-) Au Québec, naturellement, mais également plus au sud, et à l'est, aux Etats-Unis, dont l'histoire de la Nouvelle-Angleterre est difficlement dissociable de celle du Canada.
Mais on reparlera de tout cela en juillet !

À venir : en juin, nous découvrons l'Acadie !



Bon, promis, c'est le dernier teaser pour le mois de juin.
Je traîne toujours un léger retard dans mon rythme de narration.
Et ce mois de juin a été tellement intense qu'il risque d'être très long...
Donc, sous très peu, Vancouver, Victoria, la Gaspésie, les provinces maritimes, et bien d'autres choses encore...