vendredi, mars 11, 2005

Aparté linguistique : les étranges rapports entre le québécois et le français

Depuis que nous sommes arrivés au Québec, résonnent à nos oreilles les pittoresques expressions québécoises, et le dépaysant (pour nous) accent de ces cousins nord-américains…
De temps à autre également, un québécois plus hardi que les autres nous assène pour la énième fois que les vrais défenseurs de la langue française se trouvent de ce côté-ci de l’océan atlantique…
Et d’égrener le traditionnel chapelet d’anglicismes qui fleurissent le français de France (je suis assez fier de cette allitération improbable..).
Pourtant, la réalité, loin d’être totalement différente, ne se réduit pas tout à fait à ce constat sommaire… et finalement erroné, comme le prouvera ce qui suit !
Les Québécois, ne leur en déplaise, ne sont pas avares à leur tour en anglicismes.
On ne peut nier, bien sur, que le Français passe ses "week-end" à faire du "shopping" en mangeant des "sandwichs", qu’il revêt à l’occasion (rare) un "smoking", et laisse ponctuellement sa voiture au "parking" pour s’adonner aux joies du "roller", lorsqu’il ne s’abandonne pas dans la contemplation d’un match de "catch" à la télévision…
Et effectivement, dans le même temps, le Québécois occupe sa "fin de semaine" en "magasinage" tout en grignotant des "sous-marins", qui mettent des miettes sur son "tuxedo". Il laisse sa voiture au "stationnement" lorsqu’il opte plutôt pour une balade en "patins à roues alignées" ou un match de "lutte" à la télévision.
Soit !
Mais c’est bien le même Québécois, que le climat a rendu "tough", qui aime faire des "jokes" à ses amis, qui "cruise" les blondes qu’il trouve "cute", ne met pas de "shoe-claques" avec son costume s’il veut rester "swell", apprécie les accords "win-win", se frotte à des dossiers un peu "rough", mais ça fait partie de la "game", qui "print" les documents de travail sur lesquels il "spot" les erreurs, et "flush" ses toilettes…
Jusque dans certains termes français usités par ici, difficile de ne pas subodorer l’hérédité anglophone, tels le "char" qui, comme chacun sait, désigne la voiture et qui évoque le "car" anglais, ou, plus pittoresque, la "toune" qui sert à désigner une chanson, un morceau de musique, et qui m’inspire le "tune" anglo-saxon.
Même le mot "chum" qui signifie "ami" est paraît-il (source = le routard, non vérifié) un dérivé de vieil anglais.
Donc, sur le front des anglicismes, je prononcerai, avec la mansuétude qui me caractérise, un équitable match nul…
Ce qui m’a le plus frappé, dans le langage local, ce ne sont donc pas ces querelles de clocher, qui ne servent qu’à détourner l’attention, dans un cas comme dans l’autre, de l’influence envahissante des États-Unis jusque dans le parler quotidien, mais bien plutôt l’indépendance, sur le plan grammatical mais aussi sur celui du vocabulaire, du français pratiqué au Québec.
En fait, deux siècles d’isolement ont bel et bien conduit les deux langues à évoluer et croître dans des directions différentes, comme deux branches distinctes à partir d’un tronc commun. Et, au risque de lasser, je suis bien contraint de reprendre à mon compte la formule galvaudée selon laquelle le fait de partager une langue commune ne signifie pas pour autant que l’on se comprend.
Je ne reviendrai pas sur l'art de jurer en québécois (ici, on dit "sacrer") qui se décline autour des innombrables symboles de la réligion, trop connu pour mériter un développement supplémentaire.
Je passerai rapidement sur le "moé" qui veut dire "moi", le "toé" qui veut dire "toi", et le "noé" qui veut dire nous... ah non, celui-là c'est impossible, il y a déjà un copyright dessus qui date de l'origine de l'humanité :-)) Mais pour "moé" et "toé", c'est vrai, et c'est toujours un plaisir à entendre.
Je m'étendrai un peu, par contre, sur le vocabulaire courant, et châtié, au sujet duquel je dois confesser mes airs égarés et mes demandes répétées d’éclaircissements auprès de mes interlocuteurs québécois lorsque j'entreprends de comprendre ce qui peut bien se cacher derrière la phrase suivante (exemple totalement artificiel, élaboré pour les besoins de la démonstration) :
"Coudonc, c’est-y plate depuis que ton baveux de vieux mononcle t’a pogné tantôt en train de pitonner sur son bazou, t’arrêtes pas de chiâler. Il est plutôt temps de te gréer et de sortir ta minoune, oubedonc on va niaiser icitte à soir et ça me fait pas capoter. Si je t’agace, c’est parce que je te trouve fin. T’es pas comme les autres quétaines qui gossent quand y ont rien à faire que se pogner le beigne".
Bon, je ne sais pas si les Québécois jugeront cette tirade très cohérente mais là n’est pas l’objet : ce qui est sur, c’est qu’elle se compose d’authentiques morceaux de français du Québec, dont le sens réel ne saute pas spontanément à l’entendement. Comme la réalité est souvent moins excitante une fois débarrassée des atours du mystère, je me garderai bien, pour l’heure, de traduire ce qui précède. Je préfère laisser à chacun le soin de s’imaginer la traduction idoine.
Grammaticalement, je ne me lasse pas de la forme interrogative du québécois parlé, qui glisse un "tu" dans sa question, comme une manière d'accentuer le point d'interrogation final.
"On s'entend-tu bien ?" ; ou bien "t'as-tu vu cette chose ?" ; ou encore "ça vous inquiète-tu ce que je viens de vous dire ?"
Plus étonnant, la liberté avec laquelle les Québécois s’affranchissent des genres pour certains mots ou font sonner les dernières lettres comme s’il s’agissait d’un féminin.
"J’ai fait(e) un bout(e) de route avec la gang avant de reprendre ma job. J’vous dis tout(e), y’a pas de secret : les ticket(e)s sont pas nécessaires pour rentrer".
Si les genres sont versatiles (aurions nous mis le doigt sur des mots hermaphrodites ?), les articles semblent pour leur part être souvent volatiles, ce qui me vaut régulièrement de capter des tournures du style de :
"Regarde donc tv pendant que je vais à toilettes. La bière est dans cuisine".
Pour faire plus québécois, on pourra préférer le terme "bécosses", plus cru, à celui de toilettes…
Les nombres ne sont pas en reste lorsque des tournures de phrases mêlent allègrement le singulier et le pluriel : ainsi n’est-il pas rare d’entendre des "vas-t’en chez vous", ou "j’m’en vas chez nous !"
A ce dernier propos, la formule "je vas" est étrangement populaire, en dépit de son caractère inexact... c'est là un mystère que je n'ai pas encore percé.

Encore plus fort, la façon avec laquelle les tournures de l’oral se taillent à l'occasion une place dans l’écrit : "chu" pour signifier "je suis", "dins" pour dire "dans les", ce qui donne (à prononcer rapidement pour un maximum d’efficacité) :
"chu né dins années 70" (exemple emprunté à la chanson " En berne " des Cowboys Fringants).

Mais d’une manière générale, l’écrit au Québec diffère assez sensiblement de l’oral. Tout semble se passer comme si une insidieuse schizophrénie opposait le québécois écrit au québécois parlé. L’essentiel des expressions et des termes que j’utilise ci-dessus, avec une orthographe dont je revendique l’approximation, semble réservé à l’oral et ne s’emploie pas ou peu à l’écrit. À chaque fois que je demande que l’on m’épelle tel nouveau terme ou telle nouvelle expression, pour m'en faciliter l’assimilation, on m’oppose la même réponse : "ça s’écrit pâs !".
On touche là à la différence majeure entre le français et le québécois : alors que le français se décline, bon gré mal gré, de la même manière sous sa forme orale comme sous sa forme écrite, cette dernière allant jusqu’à s’accommoder - à contrecoeur - du verlan ou des patois divers, le québécois écrit tourne radicalement le dos, dans son respect intégriste de l’orthodoxie linguistique, au québécois oral qui s’affranchit d’autant plus des règles qu’il mène sa petite existence autonome dans la bouche des multiples ethnies du québec.
Loin de décerner les bons et les mauvais points en décrétant qui parle bien ou qui parle mal (un exercice auquel s’est essayé, paraît-il, Thierry Ardisson, à la grande déconvenue des Québécois), il semble surtout intéressant de relever ce que deux siècles de séparation ont donc produit sur une souche commune. Les deux langues françaises se sont épanouies dans des directions distinctes, tantôt convergentes, et tantôt divergentes, sans pouvoir soumettre leurs évolutions respectives au test de la proximité géographique (à l’opposé des pays francophones de l’Europe occidentale).
On mesure aujourd’hui les différences, et on s’amuse de cet écart des deux côtés de l’atlantique.
Mais finalement, le plus intéressant et le plus formidable, c’est bien de faire le constat que cette langue française, pratiquée par une petite poignée (70.000) de canadiens français abandonnés à leur triste sort cerné d'anglais en 1763, a réussi à résister pendant deux siècles et demi à la pression anglophone de tout le continent nord-américain, pour non seulement garantir sa pérennité (le Québec compte aujourd’hui 7 millions d’habitants, et des francophones sont installés dans toutes les provinces du Canada) mais également assurer son avenir en devenant la seule langue officielle de la Belle Province en 1977.
Pas étonnant, dans un tel environnement, qu'il ait été soumis à des distorsions inédites et impensables en Europe. Elles restent en fait bien limitées et constituent plutôt un moindre mal, tant sa simple survie était loin d'être acquise lorsque les institutions du Bas-Canada (l'actuel Québec) se sont prosternées devant la langue de Shakespeare dans la seconde moitié du 18ème siècle.
Le véritable tour de force du français d’Amérique du Nord, il est donc bien là, dans le fait d'exister, d'être légitime et de tenir la dragée haute aux 330 millions d'anglophones qui lui font office de voisins !
Il est aussi dans sa reconnaissance comme l’une des deux langues officielles du Nouveau-Brunswick (je ne reparlerai pas du Nunavut, sinon je vais finir par être taxé de monomanie :-)), grâce à l’influence d’une autre fervente communauté francophone malgré un contexte hautement défavorable, les Acadiens… mais ça, c’est une autre histoire.
P.S. : les Québécois(es) de passage sur ce blog, s'ils ne se sont pas étranglés en lisant ces quelques lignes, écrites en toute et franche sympathie, pourront peut-être m'expliquer pourquoi au Québec on prononce "Boston" comme "Gaston" et Washington" comme Gastonne"...?

8 Comments:

At 6:40 AM, Anonymous Anonyme said...

Pas encore etranglee non, et pleins d'autres hypothese reconnues dans mon sacs...Je ne ferai pas debat ici (parce que je risquerais d'en ecrire plus long que ton propre message), mais si vraiment l'origine du joual t'interesse, je peux te faire une belle tartine par courriel (oui oui! c'est francais!). Fais moi signe, je t'en parlerai pendant des pages et des pages!
Annie

 
At 3:34 PM, Blogger Sébastien M. said...

Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

 
At 10:31 AM, Blogger Sébastien M. said...

Comme convenu, Annie m'a adressé les précisions et commentaires suivants, qui apportent un éclairage déterminant et passionnant sur mon petit essai, tout en pointant gentiment mes propres approximations.
Je lui cède donc la parole :

"J'entre tout de suite dans le vif du sujet.
Premierement les anglicismes… Je suis assez d’accord avec toi la-dessus, je pense que c’est a peu près equivalent des deux côtés. Cependant, c’est très différent selon les regions. Québec et Montréal sont deux villes plus importantes au niveau tourisme et économie, de ce fait, la langue anglaise a beaucoup plus d’influence. Pour les regions éloignées par contre, l’anglais n’a que très peu d’influence (en tout cas, pas plus qu’ailleurs dans le monde) sur la langue, si bien que plusieurs anglicismes québécois que tu as nommés ne m’évoquent absolument rien… "win-win" et "print" entre autres, jamais entendu ca…

Pour le char c’est drôle ce que tu dis parce que je n’ai jamais entendu cette hypothèse (qui est peut-être vraie, remarque). J’ai toujours entendu dire que ca venait du mot "char" (ahahah !) qui est très vieux en francais si je ne m’abuse et qui designait une espèce de petit vehicule à 2 roues tiré par des chevaux. Plus tard, le char est officiellement devenu «charrette», mais certains on continué à employer le mot char. Comme dans «va donc atteler le char !». Le char designant le véhicule principal utilisé, il aurait gardé son nom avec l’arrivée de la voiture… Je ne sais pas quelle hypothèse est la bonne, mais personnellement, je trouve ça sensé.

Bécosse… en fait, avant d’être utilisé pour «toilette», ce mot désignait la petite cabane a l’extérieur de la maison qui servait de toilette jadis. Ça vient de l’anglais «back house» qui veut dire «derrière la maison»…un brin francisé se prononce bécosse.

Pour la langue québécoise en général, voila un brin d’histoire. Losque nos bons colons français (16-17ième siècle) sont arrivés au nord du nord de ce pays que l’on aime tant (n’est-ce pas ?), le français n’etait pas encore une langue très repandue en France. Il était parlé presque exclusivement dans la région où le roi régnait (île de France si je me souviens bien). Le reste de la France était pleins de patois et dialectes différents, si bien que 2 colons sur 5 seulement parlaient français. Comme c’était la langue du roi, on a décrété qu’elle serait aussi la langue utilisée en ce nouveau pays. Mais, pas longtemps après, quand la France a «oublié» ses colonisateurs dans leur banc de neige, le français est graduellement devenu LA langue parlée en France et le français «royal» devint peu a peu mal perçu et démodé. Pendant ce temps, les québécois ont gardé, eux, cette forme première de français, ou enfin, ce qui s’en rapproche le plus. Ça explique bien pourquoi les écrit anciens du 16-17-18ième sont très faciles à lire pour les québécois… un peu moins pour les français. Les expressions «moé» et «toé» étaient déjà utilisées en France à l’époque… Ainsi, le roi Louis jeneseplukelchiffre (pardon) s’exprimait en cette phrase connue «le roé, c’est moé !».
C’est aussi de ce vieux français que nous vient le nom de la ville de Montréal. À la base, c’était le mont royal, mais le son «oi» était à l’époque prononcé «oué» (generalité)… Mont rouéyal (phonétiquement) est devenu Mont réal.
Dans la même veine, plusieurs expressions québécoises qui sont souvent prises pour des anglicismes sont en fait des «scandinavismes» amenés de France dans quelques dialectes Normands.

Ta petite phrase québécoise improvisée pour l’occasion est presque cohérente…(comme quoi c’est pas si compliqué, ça fini par entrer !...lol). Toutefois, je respecterai ta volonté en préservant le mystère sur ton blog sur la signification exacte…

Pour la forme interrogative «t’as-tu ?» , «t’as-tu vu ?» etc, je ne sais pas d’où ça vient… y a des recherches à faire la-dessus.

Les mots hermaphrodites où l'on prononce la dernière lettre sont très courants c’est vrai. Ça aussi ça vient de l’ancienne prononciation… la prononciation royale devrais-je dire ! lol !

Par contre, les articles devant les mots ne disparaissent jamais complètement. Si tu écoutes bien (bon ok, peut-etre faut–il avoir l’oreille experte…), tu vas te rendre compte que la forme «regarde donc tv» pour reprendre ton exemple, est en fait «regarde donc ‘a tv». Le «a» ressemble plus à une espèce d’hésitation entre les syllabes, difficile à expliquer par écrit…Même chose pour «dans ‘a cuisine». La syllabe «an» est légèrement allongée pour reprendre le «a» de l’article, et ce n’est pas de la fabulation, il y a vraiment une différence. Bref, tend l’oreille, je suis sûre que tu vas percevoir la différence. Quand mon chum essaie de le faire, il ne fait pas cette hésitation pour l’article et ça parait… enfin, pour un québécois la difference s’entend, c'est une histoire de rythme je pense.

Tu n’as pas percé le mystère du «je vas» ! Ben voila la clé du mystère ! Je vas, était une forme correcte à l’époque de la colonisation (forme royale… ca me plait bien de le répéter…lol). Mais comme je l’ai dit plus tot, cette forme de langage a vite été modifiée en France. Pendant ce temps, le contact étant à peu près inexistant entre la France et le Québec, le «je vas» est resté bien ancré chez nous. De tout temps, ce sont les français qui décident de ce qui est correct ou non dans la langue, mais plusieurs formes dites incorrectes utilisées au Québec sont en fait des formes qui ont déjà été correctes en France.

C’est vrai ce que tu dis par rapport au fait que l’on ose pas écrire québécois. La raison est pourtant très simple. Comme la langue officielle est le français, la langue québécoise n’existe pas officiellement. Elle n’est considérée ni comme un créole, ni comme un dialecte, ce qui est bien dommage selon moi. Mais c’est ce qui fait qu’à l’école, les enfants doivent absolument écrire français… les mots utilisés doivent être dans le dictionnaire et les dictionnaires ne contiennent pas, ou très peu d’expressions québécoises. Normal qu’après 10-15 ans de scolarité (ou plus) on soit conditionnés à écrire en français exactement comme les français, sans y insérer les couleurs qui nous sont propres…Nous avons donc deux langues bien distinctes et différentes, la langue parlée et la langue écrite. À ce qu’il me semble, pour les français la différence est très légère voire nulle. Il y a pourtant quelques auteurs qui écrivent des romans ou les dialogues sont en joual… ça donne une écriture pleine d’apostrophes (comme je l’ai fait plus haut) pour marquer les lettres bouffées et les hésitations. Personnellement j’adore lire ça, mais plusieurs te diront que ça trouble la lecture plus que ça ne donne de la personnalité au texte…

Donc, comme tu dis, les français peuvent écrire leur langue avec toutes les évolutions qu’elle comporte (anglicismes, arabismes, verlan, etc) parce que ces évolutions sont ajoutées au dictionnaire chaque année… Pour les québécois ce n’est pas permis, en tout cas pas dans le cadre scolaire parce que nous apprenons le français, pas le joual.
Faut dire que le joual est souvent perçu comme un langage «bas de gamme» associé à un manque de culture. Personnellement, j'aime dire que le joual est ma langue maternelle et encore plus depuis que je vis en Europe avec un français. J'ai beaucoup neutralisé ma façon de parler, mais dans une situation ou je suis émotivement impliquée, le Québec sort de moi ! Il y a certaines nuances que je ne peux exprimer qu'en québécois... c'est pour ca que je considère le français presque comme une deuxième langue.

Qui parle bien ou mal est une fausse question à mon avis… Nous parlons différemment, mais malheureusement, les québécois eux-mêmes ont tendance à avoir honte devant les français. Donc les gens défendent le français au Québec, mais pas la langue québécoise, à mon grand regret. La langue française n’est pas menacée dans le monde par rapport au joual… enfin... c’est un autre débat. Et pour avoir entendu plusieurs fois ce cher monsieur Ardisson essayer de faire honte à ses invités québécois à la télé, je me permets de dire que le type lui-même relève du domaine de la connerie… (ce n’est que mon avis, mais ça fait du bien d’en parler !)

Petite correction, bien que le Québec compte 7 millions d’habitants, il ne compte pas 7 millions de francophones. Même si c’est la langue officielle, on peut facilement vivre toute sa vie au Québec sans parler français. Y a qu’à aller magasiner dans l’ouest de Montréal pour s’en rendre compte… «can i help you ?»… «oui, parlez français svp»… «aouh… sorry… i dont speak french»… Phrases courantes… Pour revenir au nombre, si je me souviens bien, il y a 7 millions de francophones au Canada, non pas au Québec seulement, mais je ne suis pas sûre de ce que j’avance, les chiffres changent tellement vite !

Là où je rigole bien par contre, c'est quand tu dis que le français a subi des distorsions au Québec… Ben là ! Comme je le disais plus haut, il suffit de lire des vieux textes français de quelques siècles pour constater que la langue a beaucoup plus changé en France qu’au Québec. Je ne dis pas qu’elle est restée pareille depuis, mais les changements sont moindre. J’ai été bien surprise à l’école en lisant les contes de Maupassant… en lisant certains dialogues, on se rend compte que les français parlaient jadis… le québécois ! Pareil pour certaines fables de Lafontaine où l’auteur a quelque peu recherché dans le vieux Franc (pas la monnaie, la langue ! lol).

De là, je trouve ca étrange qu’on passe notre temps à se demander comment le français est devenu ce qu’il est au Québec, alors qu’en fait, c’est en France que la transformation est flagrante… Le joual est, de toutes les variantes de français parlées dans le monde, la forme la plus ancienne qui existe… ou plutot qui se rapproche le plus de la forme ancienne (les historiens s'entendent là-dessus). Une pièce archéologique en quelque sorte.

Pour les acadiens c’est encore autre chose, mais ils ont eux aussi un langage qui leur est propre et un accent délicieux à mon avis.

Pour Gaston et Gastonne je ne peux pas te répondre… mystère et boule de gomme…

Ben oui, j’te l’avais dit, c’est long ! J’en aurais écrit plus encore, ca me fascine cette histoire de la langue… Mais il est tard !!!

A bientôt!

Annie

P.S. euh...une petite dernière...Joual est une déformation du mot cheval. Cette déformation du mot existait bien avant le Québec. Aussi on disait de quelqu'un qu'il parlait joual quand il s'exprimait de manière incompréhensible... Au Québec, certaines personnes (surtout les personnes âgées) utilisent encore ce mot en parlant de l'animal, aussi bien au singulier qu'au pluriel... un joual, des jouaux!"

 
At 10:13 AM, Anonymous Anonyme said...

Au hasard de mes balades sur le net je tombe sur ce discours franco/canadien et tombe sous le charme de l'écriture, de la terminologie et du discours des deux protagonistes (Sébastien/Annie).
Même si j'avoue que certains termes du discours en "joual" resteront pour ma part nappé d'un certain brouillard "made in" Québec, je vous remercie tout deux d'avoir réjoui pendant quelques minutes un après-midi marqué par le syndrome de la page blanche. Toutefois, petite précision d'historienne... le français employé par Jean de La Fontaine n'est pas du vieux franc mais du Moyen Français et si cela vous amuse vraiment de trouver des mots commun au joual et au moyen français... allez donc faire un tour sur ce site réalisé par le CNRS http://www.atilf.fr/blmf/.
Merci de ce divertissement
ciao ciao
Isa

 
At 12:35 PM, Blogger coyote des neiges said...

Louis... Quatorze, Annie!

Merci pour cet article et pour son commentaire d'Annie, c'était très intéressant!

Je suis en mesure d'ajouter une information : le «tu» qu'on ajoute à toutes les questions! J'ai trouvé la référence dans «le bon usage» de Grévisse...

(Je ne me gêne pas pour recopier l'extrait puisque de toute façon les commentaires sont déjà longs...)

«Dans les tournures interrogatives ou exclamatives, la langue populaire se sert surtout de la particule «ti». Cette particule, dont l'emploi remonte au XVe siècle, trouve son origine dans la finale des formes telles que «dit-il», «aime-t-il» : la prononciation vulgaire ayant cessé de faire entendre le «l» final,la syllabe «ti» a été considérée comme caractéristique de l'interrogation. De la 3e personne du masculin, elle s'est étendue à toutes les personnes, au masculin d'abord, puis au féminin»

Suivent ensuite, toujours dans le Grévisse, des exemples et citations de Brieux, Daudet, Marois, Aragon et j'en passe...

 
At 12:43 PM, Blogger coyote des neiges said...

Hypothèse pour BostON vs WashingtONNE : Peut-être que beaucoup de Francophones y ont voyagé ou s'y sont établis, d'où la prononciation à la française, tandis que Washington n'a jamais été une destination très prisée par les Québécois...

Ce n'est qu'une hypothèse... C'est pourtant très vrai que je sursaute quand j'entends dire «BostONNE» mais que je trouve «WashingtONNE» très normal!

 
At 4:01 AM, Anonymous Anonyme said...

En Anjou, la province où l'on parle le français le plus pur, les patois paysans sont très proches de votre Jaoual.

et bravo pour les infos, c'est très passionnant.

 
At 11:33 PM, Anonymous Anonyme said...

Cette discussion m'a beaucoup éclairée sur plusieurs points. Merci à Annie. Je crois, mieux on comprend l'origine du Joual, moins on se moque. Je suis une africaine, ayant fait des études en France (10 ans). Aujourd'hui je vis au Québec depuis 6 ans.
Je dois dire que, comme beaucoup de personnes qui arrivent pour la première fois au Québec , j'ai trouvé que le joual était une honte. Je me demandais comment un étudiant à l'université pouvait dire "je vas" alors qu'un enfant qui commence l'école primaire en Afrique, sait que c'est une faute de francais élémentaire. Mais aujourd'hui, je comprends mieux.
Je crois que les québécois devraient conserver le joual. C'est leur identité. Mais ils devraient seulement le parler dans leurs familles et non à l'école ni dans les lieux publics. C'est leur langue maternelle. C'est comme en afrique, ou les gens parlent dialecte dans les maisons et francais dans les lieux publics.

 

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