jeudi, mars 31, 2005

Mars 2005 : la satanée marmotte avait raison !

Et je suis calmé par sa prescience….!
Ce petit rongeur de rien du tout, qui avait annoncé le mois précédent à l’ensemble des médias de la Capitale-nationale que l’hiver se terminerait mi-mars, pouvait difficilement tomber plus juste.
Les quinze derniers jours de ce mois ont été en effet d’une douceur toute printanière, c’est à dire entre –5 et +5 degrés Celsius (on est à Québec, pas à Madrid, hein…), et la neige a du se résoudre à faire des concessions inédites non seulement au bitume mais aussi à la végétation qui, répondant à l’appel impérieux de ces températures, reconquiert avec vigueur le terrain qui lui appartient.
C’est donc un drôle de panorama qui s’offre au regard dans les rues de Québec, mi-enneigé, mi verdoyant, et qui me donne déjà la nostalgie des grands froids…
Tout avait pourtant fort bien commencé au début du mois de mars, avec des précipitations neigeuses conséquentes, pratiquement du niveau de celles de décembre, et largement supérieures à celles de janvier et février réunis.
Mars avait débuté avec une jolie succession de tempêtes de neige, et pour un peu, on se serait cru repartis pour un tour d’hiver.
Mais l’intensité de ces chutes résonne aujourd’hui comme le chant du cygne d’une saison touchant bel et bien à sa fin, pour le plus grand bonheur des québécois qui investissent les terrasses des cafés et restaurants fraîchement achalandées. Le fait que la fraîcheur des températures justifie encore, pour les plus frileux, le port des tuques et des doudounes, ne semble pas devoir freiner cette ardeur trop longtemps contenue.
Envahies de bonnets et de gros manteaux, lesdites terrasses se mettent subitement à ressembler à des étals de soldes de vêtements d’hiver, avec de la bière au milieu…
Avec un dépit inversement proportionnel à la béatitude alentour, je me résigne donc à changer de saison, en faisant durer les adieux à l’hiver.
Nous ne sommes pas encore rassasiés des plaisirs de cette saison que déjà elle amorce une retraite rapide.
Il n’y a donc d’autre alternative que d’organiser ce mois de mars autour d’un compromis boiteux entre dernières et premières fois.

Dernières glissades dans les plaines d’Abraham, début mars, sous une belle tempête de neige.
La quantité de neige tombée en quelques jours est telle que, à force de tracter Velma dans sa luge, nous nous épuisons avant d'atteindre les bosses, pourtant toutes proches. C’est donc ruisselants de sueur, malgré les nombreux degrés en dessous de zéro, que nous nous écroulons sur les pistes enfin atteintes… Les glissades qui suivent ne sont qu’anecdotiques. Elles achèvent de nous vider de nos dernières forces, à coups de laborieuses remontées des pentes en portant notre petite puce dans les bras. Ici, à la différence de Valcartier, il n’y a pas de tire-bouées pour grimper, et les jambes se lassent rapidement de jouer ce rôle ingrat dans 80 cm de poudreuse et en plein blizzard.
D’autres glissades nous attendent encore aux chutes de Montmorency, où le «pain de sucre» constitué par les particules d’eau gelée accumulées au fil des semaines compose un idéal promontoire glissant. Entre les craquements des blocs de glace qui se détachent de la paroi, et les motoneiges qui viennent défier de leur poids l’étendue liquide figée sous la glace, nous nous explosons l’arrière train dans des descentes aussi violentes qu’enivrantes. Puis au revoir les glissades !

Dernières virées en ski, avant fermetures des pistes.
Nous n’avions pas encore fait le tour de toutes les stations du coin, et surtout, nous n’avions pas trouvé l’occasion de pratiquer la spécialité locale : le ski de soirée (jusqu’à 22h).
Nous découvrons donc celui-ci, avec un bel opportunisme, la veille de sa clôture mi-mars.
Le mont Stoneham, que nous ne connaissions pas encore, nous sert de cadre pour la circonstance. Du bas de ses 500 mètres (max) d’altitude, nous sommes sous les nuages… du haut de ses pistes, nous nous retrouvons au-dessus. Ce nimbe nocturne confère à la soirée et aux lieux une ambiance fantastique, limite sépulcrale. Comme à l’accoutumée, nous ne faisons jamais plus de 35 secondes de queue pour accéder aux remonte-pentes divers (tire-fesses, télésièges, télécabines, et autres concepts télémontagneux), et nous ne partageons jamais les pistes avec plus de 10 skieurs concurrents. Bref, le temps d'une nuit, nous sommes les rois de la poudreuse !
Il nous reste encore une station à défricher avant de remiser le matériel de ski, et pas n’importe laquelle : le mont Sainte-Anne, plus grande station du coin (la plus chère, aussi :-)), que nous expérimentons avec Marie-Line, le dernier week-end du mois. Avec ses deux faces, elle offre aux sportifs les défis du ski de printemps (face sud : neige cotonneuse, éreintante), conjugués à ceux du ski de février (face nord : neige lisse, vent violent et glacial dans la tronche), en sus d’une bien belle vue sur l’île d’Orléans.
Le mont Sainte-Anne, nous le connaissions jusqu’à lors seulement pour y avoir parcouru des sentiers de promenade en raquettes. Et de tous les sports d’hiver pratiqués au Québec, c’est curieusement celui-ci, la raquette, qui nous a le plus cassé les jambes. Il faut dire que Velma ayant saturé de marcher avec une «poêle» sous chaque pied au bout d’une demi-heure, il fallût terminer la promenade en la portant sur les épaules. Donc, les raquettes, même en aluminium et forme ergonomique, avec un handicap de 16 kg sur le dos, ça tue les reins et les cuisses…
Je range donc au placard mon idée de tester in vivo la paire de raquettes traditionnelles de confection indienne (modèle Huron, en bois de frêne et babiche) achetée durant l’hiver… Plus hautes que Velma, larges de près d’un mètre (mises côte à côte) elles requièrent une stature de bûcheron doublée d’une souplesse de gymnaste (je ne sais pas faire le grand écart) pour une utilisation optimale. Hélas, je ne remplis pas ces pré-requis.
Adios, donc, la raquette et le ski (même si le Mont Sainte Anne ferme seulement ses pistes début mai).

Dernière balade en traîneau à chiens, autour du lac Beauport.
Moi qui me rêvais musher accompli, fort des heures de pratique accumulées durant l'hiver, je retombe brutalement sur terre en me redécouvrant simple touriste vaguement grisé par ses petites expériences. Une embardée subite des 6 chiens (les gredins, ils se traînent lorsque je les motive, et ils s'emballent lorsque je rêvasse), aggravée par un relief accidenté (une bosse de trop), me fait perdre provisoirement le contrôle de l’engin, qui finit sa course dans un arbre. Traîneau cabossé, jambe explosée (la mienne), et Corinne arc-boutée pour amortir le choc, ponctuent cette dernière excursion de la saison !
Dégrisé, essuyant les remontrances de ma passagère, je savoure tout de même ces instants de glisse sylvestre, conscients que ce sont les derniers avant bien longtemps. Tchao le traîneau...

Dernière tentative de pêche blanche, sur l’étang même de notre pêche miraculeuse du mois de décembre… Mais quatre mois d’hiver (et probablement quelques centaines de pêcheurs) ont fait leur œuvre depuis ce jour faste, et cet exercice si facile sur un lac fraîchement gelé, redevient une école de patience et de frustration. Les truites ne se font plus avoir : elles en ont trop vu au cours des mois précédents, et leur appétit a été échaudé par trop d’appâts pointus, pour mordre encore à nos hameçons fébriles.. On aura plus vite fait de passer chez le poissonnier si l’on veut vraiment manger du poisson frais ! Bien heureux malgré tout que quelques étangs des alentours permettent encore, fin mars, aux pêcheurs plus aguerris ou plus placides que nous, de taquiner la faune d’eau douce, car nous essuyons avec un fort dépit l’hilarité des pêcheurs du fjord du Saguenay (beaucoup plus au nord que Québec), qui nous opposent, comme une évidence biblique, la fonte des glaces synonyme de fin de la saison de pêche blanche, à la date du 12 mars !!!
Donc, bye bye la pêche blanche, et même la pêche tout court tant qu'on y est, car ce qui me plaisait dans cette affaire, c'était la couche de glace entre moi et le poisson.

Si le mois de mars marque donc la fin de l’hiver, il sonne en même temps l'ouverture de la saison des sucres. Le temps est enfin venu de "se sucrer le bec", comme on dit ici !
Première cabane à sucre, donc, sur l’île d’Orléans, en pleine tempête de neige au début du mois, et bonjour la crise de foie.
Comme les érables n’ont pas encore commencé à délivrer leur onctueux nectar, nous avons droit au «jus de poteau» de rigueur. L’honnêteté du béotien m’oblige toutefois à concéder que je ne serais pas bien sur, de toute façon, de faire la différence, au goût, entre du sirop d’érable fraîchement récolté et du sirop d’érable de l’année précédente… Et c’est à croire que mes papilles gustatives ne sont pas les seules à manquer de discernement, si j’en juge par l’enthousiasme débridé des clients québécois (de souche) qui partagent notre table.
Pour (essayer de) sentir la différence, nous tâcherons quand même de visiter une nouvelle érablière, en fin de saison des sucres cette fois (avril-mai), en essayant de choisir, si possible, un endroit moins bruyant… parce que «Ma cabane au Canada» à fond les ballons dans les oreilles à longueur de repas, même interprété «live» par un chansonnier avec accordéon, ça fatigue un peu la tête… D’ici là, nous essayerons de digérer le repas englouti, et de programmer un jeûne de 15 jours avant la prochaine cabane à sucre, si l’on nourrit la prétention de sortir sain de table après un menu aussi subtil et léger que celui servi pour la circonstance, composé de soupe aux pois (pour s’ouvrir l’appétit), de fèves au lard (classique, efficace et savoureux), de ragoût (ok), de cretons (sorte de rillettes pas grasses, pas mal), de jambon et pommes de terre (je commence à être calé), de pâté à la viande (ça y est, j’ai plus faim), de saucisses (arrêtez…), d’oreilles de crisse (n’en jetez plus.. qui plus est, ces morceaux de gras frits dans l’huile sont proprement dégueulasses), d’œufs dans le sirop (j’ai pas goûté… plus faim), de crêpes (non merci), de tarte au sucre (ah, je vais peut-être faire un petit effort, sur ce coup là..), et de pain de ménage ! Ouf… excusez moi deux secondes, je vais vomir…
Après ce défi gargantuesque, plutôt qu’une bonne marche dans la neige pour digérer dans la tempête, j’opte pour un tour en chenillette ancestrale (1937, à l’échelle du continent nord-américain, c’est le haut moyen-âge), baptisée ici «Snowmobile» (ça en jette plus), dont les cahots de la conduite et l’odeur d’essence pénétrante rivalisent avec le vacarme assourdissant du moteur. Néanmoins, c’est assez marrant !
Maintenant que je connais l’hérédité de la motoneige, je comprends mieux d’où lui viennent ses vilains défauts polluants. Il semble que le progrès technique se soit focalisé sur le volume et l’habitacle de l’engin, plutôt que sur ses caractéristiques sonores et odorantes…

Avant la cabane à sucre, mars avait débuté par le premier concert des Cowboys Fringants, au Grand Théâtre de Québec. Bonjour les Cowboys, et merci pour ce show de deux heures, débordant d’énergie et de bonne humeur, et ces nombreuses «tounes», reprises en cœur par un public gagné d’avance, qui gagnent en puissance ce qu’elles perdent en intimité. Le public paraît tout de même assez jeune (moyenne d’âge autour de 20/25 ans… merci pour le coup de vieux), et les québécoises semblent profiter de l’ambiance surchauffée de la salle pour mettre en avant leurs attributs mammaires sous des t-shirts moulants… Pour un peu, on croirait à un concours de t-shirts (pas encore mouillés) avec rien que des filles à forte poitrine. Renseignements pris, il s’avère que le québécois est un fervent consommateur de chirurgie plastique… quand même, toutes ces étudiantes me semblent bien jeunes pour s’être déjà abandonnées aux délices du bistouri…

Enfin, bonjour le sport roi du Québec.
Car en mars se jouent les derniers matchs de la saison régulière de hockey et les premiers matchs des séries finales (c’est à dire avant et après les play-offs, si j’ai bien capté ce à quoi je ne connaissais rien il y a encore quelques jours à peine). J’avais exprimé de longue date à mes collègues de travail mon désir d’assister à un match de hockey, afin de voir de mes yeux ce que j'avais lu ou entendu au sujet de certains joueurs qui ne savent pas jouer, mais sont juste présents sur le banc des remplaçants pour initier des bagarres aux instants clés de la partie…
Forts de leurs bons conseils, nous assistons donc au dernier match de la ligue semi-pro (les pros étant en grève pour toute l’année), disputé entre l’équipe "Radio X" de Québec (rien à voir avec la radiologie, il s’agit d’un sponsor radiophonique spécialisé dans la polémique gratuite… ça donne un indice sur l’état d’esprit) et l’équipe "Caron et Guay" (je sais pas d’où ça vient) de Trois-Rivières.
Dans l’ambiance virile habituelle des matchs de hockey (et blam, que je t’écrase sympathiquement contre la vitre, et vlan, que je te balance cordialement sur la glace), la ville de Québec remporte une victoire par 5 buts à 2 qui lui donne un accès avantageux aux séries finales… mais là n’est pas l’essentiel. Le fait marquant du match, pour nous, c’est de voir prendre corps le concept du «Goon», qui rentre sur la glace au milieu du match, s’insère maladroitement dans le cours du jeu (rappelons qu’il ne sait pas jouer) et profite de la première minuscule provocation pour déclencher un véritable match de boxe. Aussitôt, les casques et les gants atterrissent sur la glace, les poings se dressent dans une posture de défense, les genoux se fléchissent dans une parodie précaire de jeu de jambes, et les coups se mettent à pleuvoir sur les visages.
Les autres joueurs (les vrais, ceux qui savent jouer) ont pris bien soin de quitter la piste avant l’empoignade, et ils attendent blasés le triomphe ou à la défaite de leur champion, sans aucune incidence sur le cours de la partie. Quelques minutes et un nouveau round de boxe entre deux autres «goons» revanchards plus tard, tout ce petit monde délicat se retrouve en «prison» pour cause de "bagarre" et le match reprend son cours… la foule a crié, elle s’est défoulée de son trop plein d’énergie, on peut à nouveau se concentrer sur les choses sérieuses… Les échauffourées ne cessent pas pour autant sur la glace, entre les belliqueux des deux équipes, mais ce qui distingue immédiatement une vraie bagarre de «goons» d’une simple altercation musclée entre joueurs énervés, c’est le fait que, dans cette dernière, les joueurs ne perdent pas de temps à retirer casques et gants, ni à jeter leur crosse par terre, avant de se prendre à la gorge et de s’administrer les taloches de rigueur… ce qui les distingue également, c’est la tentative immédiate d’interposition des arbitres, qui se gardaient bien, quelques instants plus tôt, de se glisser entre les phalanges blanchies des «goons» (je me demande pourquoi ? :-)).
Par contre, les excités finissent eux aussi dans la «prison», qui se remplit au fur et à mesure que les bancs des remplaçants se dégarnissent. Ces belligérants-là se retrouvent alors exclus, eux, pour «rudesse»… on appréciera à sa juste valeur l’euphémisme employé pour décrire, ici, un grand coup de crosse dans la tronche, là, un double uppercut dans la face, et surtout pour différencier un aléa ordinaire d’un match de hockey, du show testostéroné offerts par des «goons», exclus, eux, pour «bagarre», pas assez bons boxeurs pour monter sur un ring, pas assez bons hockeyeurs pour prendre leur place dans l’équipe, mais suffisamment hybrides entre les deux disciplines, pour nous offrir un cross-over punchy et ecchymosé (car il paraît que ce n’est pas du «fake», comme on dit par ici).
Les connaisseurs du jeu de plateau «Slapshot» goûteront sans doute plus que les autres cette mise en lumière de la place primordiale du fameux «Goon» dans l’équipe de hockey. Dans les ligues pro, il paraît qu’il est d’avantage cantonné dans un rôle de garde du corps du meilleur joueur («Superstar») de l’équipe, l’entraîneur n'ayant pas d'état d'âme à sacrifier un joueur sur 6 (puisque le "Goon" ne sait pas jouer) aux seules fins de protéger l’intégrité physique de son champion des velléités destructrices des «Goons» adverses…
Le hockey offre donc, on l’aura compris, un spectacle tout à fait spécial, aussi mal dégrossi que les québécois sont civils et polis dans la vie courante.
Mais qui a parlé d’exutoire ?
Mes collègues m’ayant bien mis en garde de ne pas juger leur sport favori sur cette seule ligue semi-pro, j’assiste donc une semaine plus tard, toujours sur leurs bons conseils, au premier match des séries de la ligue universitaire, futurs pros réputés eux pour la fluidité et la civilité de leur jeu. Ce deuxième match, ouvert sur l’hymne du Canada, que j’entends pour la toute première fois en 7 mois, confirme la bonne tenue des équipes de la ville de Québec (les «Remparts de Québec» écrasent les «Tigres de Victoriaville» 5 buts à 1), la fluidité relativement plus grande du jeu pratiqué en ligue junior, mais aussi la délirante popularité des bagarres institutionnalisées, déclenchées ici à 10 secondes de la fin du match, et soldées dans une belle gerbe de sang !

Les événement subsidiaires du mois de mars (Velma qui enchaîne les invitations d’anniversaires, la magnifique vue sur la ville du haut de l’Observatoire de la Capitale, l’excellente présentation de l’histoire de Québec à la Maison de la découverte des plaines d’Abraham, la plongée en immersion dans une serre de papillons exotiques) achèvent de garnir un mois plutôt bien rempli.

Et ce mois de mars m'apporte enfin la lumière, musicalement parlant. Moi qui croyais ne rien connaître de l'incontournable Félix Leclerc, et qui peinais sous la honte à dissimuler cette lacune béante, je découvre avec soulagement, au détour de la visite de sa fondation installée sur l'île d'Orléans, que ses airs ne me sont pas tout à fait inconnus... La ritournelle de son "Petit bonheur" flirte même avec l'universalité, tant elle résonne familièrement aux oreilles.

L’irrépressible poussée printanière transforme maintenant la ville et nous prend par la main pour tourner la page d'un hiver bien révolu, à coups de larges croupières taillées sans nuance dans les bancs de neige… J’ai beau savoir que la saison qui commence sera formidable, en apportant dans sa besace moultes satisfactions (réouverture des grands sites touristiques, retour des oies, des baleines, réchauffement des températures, et réouverture de la piscine de l’immeuble :-)), j’ai du mal à me résoudre à faire mes adieux à la neige.
Et j’appréhende avec méfiance la période transitoire qui s’ouvre, ce mois d’avril en forme de zone grise, réminiscente du mois de novembre, plus assez froide pour les sports d’hiver, pas encore assez belle pour passer complètement à autre chose..

Tout ça à cause de cette avare petite marmotte, qui n’a pas cru bon de nous gâter d’un mois d’hiver supplémentaire !

mardi, mars 29, 2005

Avec mars vient la saison des sucres...

Démonstration :





mardi, mars 22, 2005

La devinette du mois de mars : boxe ou hockey ?



mardi, mars 15, 2005

Comme au cinéma...

Un peu de lumières et de couleurs pour les yeux...
Velma qui contemple le vieux Québec depuis l'Observatoire :


vendredi, mars 11, 2005

Aparté linguistique : les étranges rapports entre le québécois et le français

Depuis que nous sommes arrivés au Québec, résonnent à nos oreilles les pittoresques expressions québécoises, et le dépaysant (pour nous) accent de ces cousins nord-américains…
De temps à autre également, un québécois plus hardi que les autres nous assène pour la énième fois que les vrais défenseurs de la langue française se trouvent de ce côté-ci de l’océan atlantique…
Et d’égrener le traditionnel chapelet d’anglicismes qui fleurissent le français de France (je suis assez fier de cette allitération improbable..).
Pourtant, la réalité, loin d’être totalement différente, ne se réduit pas tout à fait à ce constat sommaire… et finalement erroné, comme le prouvera ce qui suit !
Les Québécois, ne leur en déplaise, ne sont pas avares à leur tour en anglicismes.
On ne peut nier, bien sur, que le Français passe ses "week-end" à faire du "shopping" en mangeant des "sandwichs", qu’il revêt à l’occasion (rare) un "smoking", et laisse ponctuellement sa voiture au "parking" pour s’adonner aux joies du "roller", lorsqu’il ne s’abandonne pas dans la contemplation d’un match de "catch" à la télévision…
Et effectivement, dans le même temps, le Québécois occupe sa "fin de semaine" en "magasinage" tout en grignotant des "sous-marins", qui mettent des miettes sur son "tuxedo". Il laisse sa voiture au "stationnement" lorsqu’il opte plutôt pour une balade en "patins à roues alignées" ou un match de "lutte" à la télévision.
Soit !
Mais c’est bien le même Québécois, que le climat a rendu "tough", qui aime faire des "jokes" à ses amis, qui "cruise" les blondes qu’il trouve "cute", ne met pas de "shoe-claques" avec son costume s’il veut rester "swell", apprécie les accords "win-win", se frotte à des dossiers un peu "rough", mais ça fait partie de la "game", qui "print" les documents de travail sur lesquels il "spot" les erreurs, et "flush" ses toilettes…
Jusque dans certains termes français usités par ici, difficile de ne pas subodorer l’hérédité anglophone, tels le "char" qui, comme chacun sait, désigne la voiture et qui évoque le "car" anglais, ou, plus pittoresque, la "toune" qui sert à désigner une chanson, un morceau de musique, et qui m’inspire le "tune" anglo-saxon.
Même le mot "chum" qui signifie "ami" est paraît-il (source = le routard, non vérifié) un dérivé de vieil anglais.
Donc, sur le front des anglicismes, je prononcerai, avec la mansuétude qui me caractérise, un équitable match nul…
Ce qui m’a le plus frappé, dans le langage local, ce ne sont donc pas ces querelles de clocher, qui ne servent qu’à détourner l’attention, dans un cas comme dans l’autre, de l’influence envahissante des États-Unis jusque dans le parler quotidien, mais bien plutôt l’indépendance, sur le plan grammatical mais aussi sur celui du vocabulaire, du français pratiqué au Québec.
En fait, deux siècles d’isolement ont bel et bien conduit les deux langues à évoluer et croître dans des directions différentes, comme deux branches distinctes à partir d’un tronc commun. Et, au risque de lasser, je suis bien contraint de reprendre à mon compte la formule galvaudée selon laquelle le fait de partager une langue commune ne signifie pas pour autant que l’on se comprend.
Je ne reviendrai pas sur l'art de jurer en québécois (ici, on dit "sacrer") qui se décline autour des innombrables symboles de la réligion, trop connu pour mériter un développement supplémentaire.
Je passerai rapidement sur le "moé" qui veut dire "moi", le "toé" qui veut dire "toi", et le "noé" qui veut dire nous... ah non, celui-là c'est impossible, il y a déjà un copyright dessus qui date de l'origine de l'humanité :-)) Mais pour "moé" et "toé", c'est vrai, et c'est toujours un plaisir à entendre.
Je m'étendrai un peu, par contre, sur le vocabulaire courant, et châtié, au sujet duquel je dois confesser mes airs égarés et mes demandes répétées d’éclaircissements auprès de mes interlocuteurs québécois lorsque j'entreprends de comprendre ce qui peut bien se cacher derrière la phrase suivante (exemple totalement artificiel, élaboré pour les besoins de la démonstration) :
"Coudonc, c’est-y plate depuis que ton baveux de vieux mononcle t’a pogné tantôt en train de pitonner sur son bazou, t’arrêtes pas de chiâler. Il est plutôt temps de te gréer et de sortir ta minoune, oubedonc on va niaiser icitte à soir et ça me fait pas capoter. Si je t’agace, c’est parce que je te trouve fin. T’es pas comme les autres quétaines qui gossent quand y ont rien à faire que se pogner le beigne".
Bon, je ne sais pas si les Québécois jugeront cette tirade très cohérente mais là n’est pas l’objet : ce qui est sur, c’est qu’elle se compose d’authentiques morceaux de français du Québec, dont le sens réel ne saute pas spontanément à l’entendement. Comme la réalité est souvent moins excitante une fois débarrassée des atours du mystère, je me garderai bien, pour l’heure, de traduire ce qui précède. Je préfère laisser à chacun le soin de s’imaginer la traduction idoine.
Grammaticalement, je ne me lasse pas de la forme interrogative du québécois parlé, qui glisse un "tu" dans sa question, comme une manière d'accentuer le point d'interrogation final.
"On s'entend-tu bien ?" ; ou bien "t'as-tu vu cette chose ?" ; ou encore "ça vous inquiète-tu ce que je viens de vous dire ?"
Plus étonnant, la liberté avec laquelle les Québécois s’affranchissent des genres pour certains mots ou font sonner les dernières lettres comme s’il s’agissait d’un féminin.
"J’ai fait(e) un bout(e) de route avec la gang avant de reprendre ma job. J’vous dis tout(e), y’a pas de secret : les ticket(e)s sont pas nécessaires pour rentrer".
Si les genres sont versatiles (aurions nous mis le doigt sur des mots hermaphrodites ?), les articles semblent pour leur part être souvent volatiles, ce qui me vaut régulièrement de capter des tournures du style de :
"Regarde donc tv pendant que je vais à toilettes. La bière est dans cuisine".
Pour faire plus québécois, on pourra préférer le terme "bécosses", plus cru, à celui de toilettes…
Les nombres ne sont pas en reste lorsque des tournures de phrases mêlent allègrement le singulier et le pluriel : ainsi n’est-il pas rare d’entendre des "vas-t’en chez vous", ou "j’m’en vas chez nous !"
A ce dernier propos, la formule "je vas" est étrangement populaire, en dépit de son caractère inexact... c'est là un mystère que je n'ai pas encore percé.

Encore plus fort, la façon avec laquelle les tournures de l’oral se taillent à l'occasion une place dans l’écrit : "chu" pour signifier "je suis", "dins" pour dire "dans les", ce qui donne (à prononcer rapidement pour un maximum d’efficacité) :
"chu né dins années 70" (exemple emprunté à la chanson " En berne " des Cowboys Fringants).

Mais d’une manière générale, l’écrit au Québec diffère assez sensiblement de l’oral. Tout semble se passer comme si une insidieuse schizophrénie opposait le québécois écrit au québécois parlé. L’essentiel des expressions et des termes que j’utilise ci-dessus, avec une orthographe dont je revendique l’approximation, semble réservé à l’oral et ne s’emploie pas ou peu à l’écrit. À chaque fois que je demande que l’on m’épelle tel nouveau terme ou telle nouvelle expression, pour m'en faciliter l’assimilation, on m’oppose la même réponse : "ça s’écrit pâs !".
On touche là à la différence majeure entre le français et le québécois : alors que le français se décline, bon gré mal gré, de la même manière sous sa forme orale comme sous sa forme écrite, cette dernière allant jusqu’à s’accommoder - à contrecoeur - du verlan ou des patois divers, le québécois écrit tourne radicalement le dos, dans son respect intégriste de l’orthodoxie linguistique, au québécois oral qui s’affranchit d’autant plus des règles qu’il mène sa petite existence autonome dans la bouche des multiples ethnies du québec.
Loin de décerner les bons et les mauvais points en décrétant qui parle bien ou qui parle mal (un exercice auquel s’est essayé, paraît-il, Thierry Ardisson, à la grande déconvenue des Québécois), il semble surtout intéressant de relever ce que deux siècles de séparation ont donc produit sur une souche commune. Les deux langues françaises se sont épanouies dans des directions distinctes, tantôt convergentes, et tantôt divergentes, sans pouvoir soumettre leurs évolutions respectives au test de la proximité géographique (à l’opposé des pays francophones de l’Europe occidentale).
On mesure aujourd’hui les différences, et on s’amuse de cet écart des deux côtés de l’atlantique.
Mais finalement, le plus intéressant et le plus formidable, c’est bien de faire le constat que cette langue française, pratiquée par une petite poignée (70.000) de canadiens français abandonnés à leur triste sort cerné d'anglais en 1763, a réussi à résister pendant deux siècles et demi à la pression anglophone de tout le continent nord-américain, pour non seulement garantir sa pérennité (le Québec compte aujourd’hui 7 millions d’habitants, et des francophones sont installés dans toutes les provinces du Canada) mais également assurer son avenir en devenant la seule langue officielle de la Belle Province en 1977.
Pas étonnant, dans un tel environnement, qu'il ait été soumis à des distorsions inédites et impensables en Europe. Elles restent en fait bien limitées et constituent plutôt un moindre mal, tant sa simple survie était loin d'être acquise lorsque les institutions du Bas-Canada (l'actuel Québec) se sont prosternées devant la langue de Shakespeare dans la seconde moitié du 18ème siècle.
Le véritable tour de force du français d’Amérique du Nord, il est donc bien là, dans le fait d'exister, d'être légitime et de tenir la dragée haute aux 330 millions d'anglophones qui lui font office de voisins !
Il est aussi dans sa reconnaissance comme l’une des deux langues officielles du Nouveau-Brunswick (je ne reparlerai pas du Nunavut, sinon je vais finir par être taxé de monomanie :-)), grâce à l’influence d’une autre fervente communauté francophone malgré un contexte hautement défavorable, les Acadiens… mais ça, c’est une autre histoire.
P.S. : les Québécois(es) de passage sur ce blog, s'ils ne se sont pas étranglés en lisant ces quelques lignes, écrites en toute et franche sympathie, pourront peut-être m'expliquer pourquoi au Québec on prononce "Boston" comme "Gaston" et Washington" comme Gastonne"...?

lundi, mars 07, 2005

Au Québec, on vit dangeureusement...

Avec ces délicats stalactites qui menacent de nous transpercer la nuque à chaque pas :-)


jeudi, mars 03, 2005

Corinne tente de récupérer son gant...



A l'issue de la balade en traîneau, les chiens affamés boufferaient n'importe quoi... enfin, pas tout à fait. Dans le cas présent, l'odeur de "queue de castor" qui imprégnait le gant a du jouer un certain rôle...
Allez donc récupérer votre bien lorsque la bête vous fait des yeux pareils, et couche les oreilles...:-)