jeudi, septembre 30, 2004

Septembre 2004 : nous apprivoisons la Nouvelle France

Le mois de septembre démarre avec la fête du travail, qui, comme dans tout pays capitaliste qui se respecte, est un jour férié…

Juste retour des choses pour nous autres pauvres petits français, qui, la faute à un calendrier capricieux ayant choisi de faire coïncider les jours fériés avec les week-ends, n’avions pas pu jouir du traditionnel 1er mai quelques mois auparavant…
C’est donc la revanche du muguet… sans muguet.

Mais la fête du travail, c’est aussi, ici, le signe du ralentissement de la saison touristique, et le dernier sursaut de bien des attractions…
Nous nous précipitons donc à la citadelle pour assister à la dernière relève de la garde, en compagnie du fameux bouc royal Batisse, digne descendant, 9ème du nom, d’un cadeau de la grande Victoria. Velma est aux anges. Elle qui s’est prise de passion pour la musique militaire depuis le festival du même nom, est totalement fascinée par l'harmonie qui se dégage de l'ensemble… Et c’est vrai qu’à les voir, on jurerait que les engeances soldatesque et caprine, une fois frappées du même sceau royal, sont faites pour collaborer…
Un air de parenté peut-être ?
(mes excuses les plus plates aux amis employés par la grande muette....)
Désormais c'est officiel, Velma adore les uniformes, à condition qu'ils soient rouges, et surmontés d'un chapeau de poils noirs, style grognard napoléonien...

Dans les jours suivant la fête du travail, alors que chacun y retourne, justement, au travail, je jouis de mes dernières journées de vacances, ayant été averti in extremis par le consulat que le directeur dont je serai appelé à relever ne rentrerait pas de congés avant une semaine supplémentaire.. Cool !

Cela me laisse le temps de planifier nos premières excursions à travers la belle province…

C’est décidé, notre premier périple nous mènera au contact (on peut toujours rêver) des baleines, dans la région de Tadoussac.
Le temps de louer un PT Cruiser (début de la collection virtuelle, première couleur = terre), de se familiariser avec les boites automatiques (catastrophiques question reprise), et nous voici lancés sur la route de Charlevoix, le long du majestueux fleuve St Laurent, en direction du nord, du golfe du Saguenay, et des mammifères marins.
A peine sortis de Québec, nous faisons halte à la chute de Montmorency, haute de 80 mètres et des cacahuètes (30 mètres de plus que celles de Niagara, diable !), et déjà fichtrement impressionnante dans toute sa simplicité…
Dire qu’elle est encore plus belle en hiver, toute figée par la glace…
Bon, on reviendra donc la voir lorsqu’il fera bien froid.
Une agréable balade, quelques belles photos, et hop, nous sommes de retour sur le chemin des Cétacés.

Les Cétacés, justement, doivent en avoir assez des touristes, car ils ne se montrent que de façon extrêmement parcimonieuse. Pourtant, au moment de nous vendre les billets, la "spécialiste" nous avait laissé espérer une baleine bleue, qui se serait montrée la veille…
Tu parles ! Foin de baleines bleues, mais plutôt une poignée de rorquals communs, ce qui n’est déjà pas si mal, observés hélas à distance raisonnable, un rorqual juvénile, qui nous fait la grâce de suivre notre route (à moins que ce ne soit l’inverse ?), à quelques mètres de l’embarcation, et moults bélugas et autres marsouins…
Tout cela est bien beau, mais ce n’est pas encore aujourd’hui que nous caresserons la tête d’une baleine à bosses…
Pas grave, la "croisière" sur le St Laurent était plaisante, à 5 sur un zodiac géant prévu pour 12 personnes, revêtus des combinaisons de circonstance pour affronter les températures extrêmement basses au niveau de l'eau..
Velma, très excitée à l'idée de voir des baleines "en vrai", a rapidement déplacé son attention vers d'autres aspects de l'excursion (sauter dans tous les coins du zodiac, se pencher dangeureusement par dessus les boudins, jouer avec son bonnet et ses gants...).
Il faut reconnaître que les baleines, c'est un peu comme les icebergs... ce que l'on voit dépasser hors de l'eau ne représente que 10% (à peine) de l'ensemble, et le plus impressionnant se trouve encore sous l'eau.... pas follement excitant pour un enfant de 2 ans et demi...
Mais les baleines auront leur revanche dans l'imaginaire de notre puce, au mois d'octobre, en Ontario.... (à suivre).

Tadoussac n’a toutefois pas que des grosses bébêtes sous-marines à offrir à ses visiteurs. Quelques vestiges de l’installation des premiers français, à l’aube du 17ème siècle (dont un comptoir de traite de fourrures avec les indiens, où les 3⁄4 des quelques colons français établis initialement moururent dès le premier hiver, et une première chapelle pour évangéliser ces même indiens), un bel hôtel victorien, un centre d'interprétation des mammifères marins, et pour couronner le tout une spécialité culinaire très locale en forme de tarte au vinaigre agrémentent le séjour, avant le retour sur Québec, via le festival du coureur des bois de Saint Urbain….

Hum, le festival du coureur des bois….. traduction, de celui qui vit de la trappe, de la vente des fourrures…. Le trappeur, quoi… le mythe canadien dans toute sa splendeur.
Avant de se reconvertir bûcherons, pour approvisionner l'angleterre en bois, les premiers canadiens étaient (presque) tous des trappeurs...
Donc le festival du coureur des bois de St Urbain, en plein Charlevoix, sur le papier, cela sonne bien... du tonnerre, même.
Pas de doute, on touche là à l’histoire, à la mythologie, à la cabane en rondins, à la pêche à mains nues, à la lutte au corps à corps avec les grizzlis, à la chasse furtive aux côtés des indiens…
Sur le papier, ouais !
Parce que dans les faits, le festival du coureur des bois de St Urbain, ça lorgne plutôt du côté de la foire agricole de Bordeaux, mâtinée de salon de l'agriculture parisien... avec des vrais morceaux d'indiens au milieu !

Lorsque nous arrivons, 92 % des visiteurs sont rassemblés sous un grand chapiteau et poussent des "oooohhhhh" et des "aaaahhhhh" d’admiration devant des chevaux qui tirent des poids…
On consacre 17 secondes d'attention à l’attraction (qui n’en mérite pas une de plus), avant de se mettre en quête de ce que le festival du coureur des bois a de VRAIMENT INTERESSANT à offrir…
Réponse : pantoute !!! (ça veut dire rien du tout)… en fait, non pas tout à fait pantoute… car nous faisons là notre première rencontre avec d’authentiques indiens, qui portent plumes (pour le folklore), vêtements de cuir retourné (idem) et vivent sous des tipis (re-idem)…
Ils parlent aussi de leurs origines, et là ce n’est plus du folklore, de leur culture, et notamment de leur langue, et de l’éducation appliquée aux jeunes améridiens dans le Québec d’aujourd’hui…

Finalement, c’est une rencontre très sympa, avec des gens très souriants, qui détrônent presque instantanément les soldats dans le cœur de Velma… surtout lorsqu'ils lui exhibent les peaux de castor, raton laveur et autre renard.
Son nouvel objet de fascination, à partir de maintenant, ce sera donc les Indiens !!!!

Du coup c’est décidé, le w-e suivant on va dans le territoire Huron-Wendat de Wendake, situé à proximité de Québec, visiter le village huron reconstitué d’Onoüe-Cheket8e…(cherchez pas… le 8 est bien une lettre huronne qui se prononce " ou ")…
Un coucou à la chute de Kabir-Kouba (maintenant qu’on est tombé en amour avec les chutes d’eau, on ne va plus en louper une seule), dont le lit aurait été tracé par je ne sais plus quel grand serpent du royaume des esprits, une promenade au milieu des rues de la ville, toutes frappées des noms des chefs légendaires (mention spéciale au chef Gros-Louis… nom impayable pour un indien), et nous atteignons – enfin, après ce qui nous paraît une éternité de marche (cf. axiome numéro 2 ci-dessous) – le village reconstitué.
Visite rigolote au milieu des habitats traditionnels (maison longue), des masques shamaniques, des pirogues et des séchoirs, danses indiennes et repas typique pour s’y croire un peu plus (bison, soupe de maïs)… Velma est plus fascinée que jamais, et son papa un peu aussi… :-)

Avant de partir, nous achetons, en bons touristes, un attrapeur de rêves (Dreamcatcher – "hand made by a huron", nous précise l’étiquette), souvenir préféré des français qui s’initient à la culture amérindienne.. oubliant au passage que les attrapeurs de rêves sont ancestralement associé à une seule nation indienne, les Ojibway, originaires de l’Ontario, et que les autres nations ne se sont mises à leur tour à en fabriquer que pour avoir leur part de l’énorme potentiel commercial de ce gadget auprès des touristes… ça casse un peu le rêve, justement…

Mais cette excursion en territoire ancestral nous a surtout enseigné une leçon majeure, par son éloignement (ou sa proximité trompeuse, cela dépend des points de vue)…

Axiome numéro 2 de la société de consommation nord-américaine = "en voiture tous tes déplacements tu feras, car sinon à porter tes achats – ou tes enfants – sur de longues distances tu t’épuiseras !".
Ugh…

Euh, c’est pas un peu contradictoire comme leçon à retirer d’une visite chez les premières nations ???
Passons sur ce paradoxe contemporain, typique de l'amérique du nord, et continuons à dérouler ce beau mois de septembre..

Beau, car il fait remarquablement doux au Québec en ce début d’automne… en fait, côté températures, c’est toujours l’été… et dire que quelques copains se gaussent depuis la France en s’imaginant qu’il fait déjà – 4 ici… ah les truffes… bon, remarque, il paraît qu’il fait enfin une chaleur caniculaire en France en ce mois de septembre, donc ça doit être la chaleur qui les fait délirer.

Le mois de septembre, c’est aussi la virée – en voiture car on a bien retenu la leçon indienne, nous (donc PT Cruiser numéro 2, couleur grise) – dans les Cantons de l’Est, et notre premier choc chromatique….
Les forêts s’embrasent sous l’effet magique de ce que l’on appelle ici "l’été des indiens" (qu’a-t-on bien pu faire du "des" dans la langue française) ou encore "la saison des couleurs"… et des couleurs, c’est vrai qu’il y en a à foison : rouge vif, rouge pastel, rouge bordeaux, violet, rose, orange, jaune, pourpre… tous les dégradés y passent… mais ils passent hélas beaucoup moins bien sur la pellicule photo !
Merde alors, je pourrais pas frimer avec de belles photos de paysage auprès des amis…
M’en fout après tout, car moi je n’aime que les photos de gens !!!
Les Cantons de l’Est donc, avec pour fil conducteur, les ponts couverts que Clint E. nous a encouragé à découvrir, sur la route de Madison…
Bon, les ponts couverts, c’est charmant, sympa, pittoresque, typique, intéressant historiquement parlant (on les appelle "ponts de crise", car le gouvernement les faisait constuire pour offrir du travail dans les zones rurales), c'est aussi rigolo pour faire la course tous les trois… et c’est même romantique… mais au bout de 20, ça commence à lasser.
Heureusement, nous arrivons en Montérégie où le fort Chambly nous attend, avec une histoire qui résume à elle seule la grande histoire du Canada.
Bâti par les Français, pour mener leurs raids contre les Iroquois, autour des grands lacs, renforcé par les Anglais après le retrait définitif des Français, pris par les Américains, dans leur tentative d’annexer le Canada, et enfin repris par les Anglais… bonne et instructive visite, dans un site superbe.

Le mois de septembre, c’est encore celui des pommes et de l’auto-cueillette, qui est ici une véritable institution. Velma fait donc sa première sortie de garderie, et nous nous réjouissons d’avance des kilos de pommes qu’elle va nous ramener après une journée pleine dans les vergers… Tout à notre euphorie, nous proposons même à nos sympathiques voisins de partager avec eux une portion du butin….
Las : Velma rentre avec 3 pommes !!!! dont une pour les voisins… on va pas s’étouffer.
Du coup, pendant notre périple dans les Cantons de l’est, on profite des vergers des moines de l’abbaye de St Benoit du Lac (le lac il s’appelle Memphrémagog, ça c’est un nom qui déchire…), pour faire le plein de pommes aux noms exotiques… tellement exotiques d’ailleurs, que je les ai déjà oubliés… tant pis, qui s’intéresse aux pommes québécoises de toute façon ?
hummm, pas mauvaises (euh pardon, "pas si pire", comme on dit ici) les pommes québécoises… et c’est un non-amateur de pommes qui vous le dit !

Le mois de septembre enfin, c’est celui de la reprise du travail, et de la rencontre tant attendue avec le Secrétariat du Conseil du Trésor (SCT) du Québec : son environnement de travail, ses employés, ses cadres, ses méthodes de travail, et ses problématiques....
Premier choc : ici, tout le monde bosse en open-space, dans des cellules (c’est le seul terme qui me vienne à l'esprit lorsque je contemple ce décor souriant) compartimentées par des demi cloisons, à l’intérieur d’une très grande pièce où doivent se côtoyer, facile, 100 personnes…
Seuls les cadres sup ont droit à des bureaux persos, et encore pas bien spacieux…
Cet environnement convivial est renforcé par la couleur générale des cellules : vert maladif (genre nauséeux, avant l'arrivée de Raoul) !
Bon, je me conforte en me rappelant que cela fait partie de l’expérience et du dépaysement recherché.
On me présente mes nouveaux collègues (20/20 pour l’accueil et le sourire) et ma petite cellule perso.
Je suis ému : c’est la première fois que je vais bosser dans un décor aussi…………austère.
Pour l’immersion au sein des équipes de travail, l’apprentissage des méthodes de travail et la découverte des problématiques RH locales, il faudra encore attendre, car dans l’immédiat, mon programme me prévoit un marathon de rencontres avec les cadres supérieurs, suivi d’un marathon de lecture de documentations diverses (rapports, réglementations…).
Mais tout vient à point à qui sait attendre.
En attendant, je retrouve mon compatriote et voisin (de domicile et d'affectation) Yann, qui a pris ses marques au SCT avant moi, et qui commence mon initiation aux arcanes de la fonction publique québécoise..

Avant la fin du mois de septembre, je connais également ma première désillusion majeure.
Elle concerne le potentiel culturel du Québec, et plus spécifiquement son potentiel rock-and-roll-esque !
Un premier coup d’œil rapide aux programmes de tournée des mes artistes favoris me permet de constater que – chic – ils passent par l’amérique du nord et notamment le Canada, durant l’automne…
Rentrons dans le détail…
Hummm, voyons voir… The Divine Comedy… tournée canadienne en septembre : Toronto puis Vancouver !!!! Et Québec ? Et Montréal ?
Bon, c’est pas grave, Morrissey est également en tournée sur le continent… voyons, voyons… une seule date au Canada : Toronto !!
Non mais c’est quoi cette affaire ??? Et le Québec, il pue ou quoi ????
Et pendant ce temps à Paris, Divine Comedy annonce une date aux Folies Bergères, Morrissey s’attaque au Zénith, et Miossec refait une petite date pour le plaisir…
Bon sang, quel dégoût !
Le Québec serait-il le grand loser mondial du rock et de la pop ???
Bon, pas tout à fait, car il y a quand même des "grands" groupes qui se produisent à Montréal, et même à Québec…(en plus de Céline Dion s'entend :-))
Le dernier en date, à la fin de l’été : Metallica ! Au secours….
Je vais pas aller voir ces hirsutes vikings chanter "Nothing else matters" simplement pour combler ma soif de concerts….
Et puis en plus, ils sont tombés dans mon estime, où ils n’étaient déjà pas bien haut, pour avoir été les premiers à attaquer en justice les sites Internet d’échange de musique par peer to peer, et déclenché les déboires de Napster…. Tout ça parce qu’ils se sentaient floués de quelques royalties… à part l’argent, pour les gars de Metallica, "rien n’a d’importance"… Pas très R&R comme attitude.
Donc aux chiottes Metallica…
Mais moi, par contre, il faut que je trouve un moyen d’aller voir Morrissey à Toronto… sinon je ne me remettrai pas de le louper au zénith pile poil l’année où je déserte Paris…
Donc, en octobre prochain, direction l’Ontario !

Pendant que je m’attaque à ce genre de questions existentielles, le Québec, et la ville de Québec, continuent de nous déployer tous leurs attraits… on est vraiment bien ici. Québec est une belle ville…
Ce serait seulement plus sympa si la nuit ne tombait pas si tôt…
À 18h à peine passées, il fait déjà nuit noire…
Cela n’augure rien de bon pour la suite de l’automne !

2 Comments:

At 4:13 AM, Blogger le V said...

l'anecdote sur l'engeance soldatesque m'a bien fait rire...nico appréciera...

Quant à l'axiome "en voiture tous les déplacements tu feras"... il me fait doucement rigoler... quand on sait que le seb prenait justement la sienne pour aller à l'aquaboulevard à 300 mètres de chez lui..

Bon post sinon ! on commence à capter le folklore local... quoi que vu avec un légère ironie franchouillarde... voire un léger mépris je trouve.. ;o)

 
At 5:54 PM, Blogger Sébastien M. said...

Comment ça "un léger mépris" ?

Mais c'est terrible de me dire ça....:-(
Il n'entre pas du tout dans mes intentions de témoigner quelque mépris que ce soit à l'égard de la belle province, de ses habitants ou de son "folklore".

Tout au plus de pointer quelques uns de ses éléments saillants, susceptibles de prêter à sourire, en particulier pour des français, parisiens de surcroît, qui comme chacun sait, sont les meilleurs voyageurs du monde.... non ?

Donc, au cas où cela ne paraîtrait pas évident à la lecture (si le V a vu du mépris dans mon texte, dieu sait que le Nico, ou pire le H, pourront y voir, avec leurs esprits tordus), je précise tout de suite que cette année au Québec est pour moi la réalisation d'un rêve.... et que Velma, Corinne et moi sommes littéralement enchantés d'être ici (par pudeur, je n'oserai pas encore dire que nous sommes tombés en amour... quoique, si ?).

 

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